Une vague de quatre incendies suspects ou criminels survenus en quelques jours au cœur de Val-d’Or a fait trois morts et plusieurs blessés, en plus de détruire des immeubles à logements et des commerces du centre-ville. La Sûreté du Québec (SQ) considère ces événements comme ciblés et confirme soupçonner un lien avec le crime organisé.
Deux brasiers presque simultanés dans la nuit de mardi à mercredi
Les premiers appels sont entrés peu après 1 h, dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 mai. Les pompiers du Service de sécurité incendie de Val-d’Or ont d’abord été dépêchés sur la rue Le Marquis, où un logement était la proie des flammes. Quelques minutes plus tard, vers 1 h 30, un second incendie se déclarait sur la 3e Avenue, près du carrefour giratoire menant à Louvicourt, tout juste à côté du commerce Béric Sport.
Le brasier de la 3e Avenue a pris une ampleur considérable. Cinq bâtiments ont été touchés, et les flammes se sont propagées jusqu’à un immeuble voisin et à un garage de la 4e Avenue, où certains bâtiments sont une perte totale. Une dizaine de locataires, dont des enfants, ont dû être évacués en pleine nuit. Le directeur du Service de sécurité incendie, Éric Hébert, a raconté qu’un homme avait été contraint de sauter par la fenêtre du deuxième étage pour échapper au feu.
Devant l’ampleur de la tâche — deux incendies à combattre en même temps —, les pompiers de Val-d’Or ont fait appel à leurs collègues de la région. Des équipes de Senneterre, de Rivière-Héva, de Malartic, de La Corne et d’Amos sont venues prêter main-forte. La route 117 a été fermée temporairement avant d’être rouverte à la circulation en matinée.
Un père et sa fille parmi les victimes
Le bilan de ce premier sinistre s’est alourdi au fil de la journée de mercredi. Deux personnes, d’abord portées disparues à la suite de l’évacuation, manquaient toujours à l’appel en matinée. Les pompiers ont dû sécuriser les lieux avant de pouvoir fouiller les décombres de l’immeuble à logements de la 3e Avenue, où deux corps ont été retrouvés en début de soirée.
Selon nos informations, les deux victimes sont un père de 42 ans et sa fille de 15 ans, qui ont péri dans l’incendie de l’immeuble à logements. Une autre personne a été blessée, mais on ne craignait pas pour sa vie. La SQ avait d’abord indiqué que des expertises seraient nécessaires pour confirmer formellement l’identité des victimes.
De nouveaux incendies vendredi au centre-ville
Alors que les enquêtes sur les feux de mercredi suivaient leur cours, deux autres incendies sont survenus tôt le vendredi 29 mai. Vers 4 h, les pompiers étaient appelés au restaurant Valentine, sur la 3e Avenue, en plein centre-ville. Le bâtiment abritait aussi la Bijouterie Baribeau et le magasin de musique Évolu-son, de même que des logements. Au même moment, un feu de véhicule était signalé dans un autre secteur de la ville.
Une quarantaine de pompiers ont été mobilisés, là encore avec l’appui de municipalités voisines. Les équipes ont réussi à contenir l’incendie à l’intérieur du bâtiment touché, limitant la propagation aux immeubles adjacents, incommodés par la fumée. Aucun blessé n’a eu à être transporté au centre hospitalier.
En après-midi, la SQ annonçait qu’une personne manquait à l’appel à la suite de l’incendie du restaurant Valentine : un homme dans la cinquantaine, employé d’un des commerces de l’édifice. Sa dépouille a finalement été retrouvée dans les décombres le samedi matin par la Sûreté du Québec, avec l’aide d’un opérateur de pelle mécanique. La victime était âgée de 59 ans. Sa mort porte à trois le bilan de la vague d’incendies.
Un maire ébranlé, des commerçants sinistrés
Le maire de Val-d’Or, Serge Allard, s’est dit ébranlé par cette succession d’événements. Il a précisé que l’un des commerces voisins du brasier de vendredi, La Galerie du livre, appartient à sa fille. Interrogé sur le soutien de la Ville aux commerçants touchés, il a indiqué que ceux-ci devront surtout se tourner vers leurs assureurs, tout en assurant que la Ville entendrait les demandes d’aide.
Pendant les interventions, le secteur du centre-ville a été fermé à la circulation par la SQ, qui a demandé à la population d’éviter les environs en raison de la fumée et de la présence de véhicules d’urgence. L’accès aux commerces et la circulation ont été rétablis le samedi après-midi.
Des événements jugés « ciblés » et un soupçon de lien avec le crime organisé
La Sûreté du Québec considère l’ensemble de ces incendies comme suspects, possiblement criminels. Le sergent Jean-Raphaël Drolet a tenu à se faire rassurant : selon les informations dont dispose la police, les événements seraient ciblés, à des endroits bien précis, et non aléatoires.
Le corps policier confirme par ailleurs soupçonner un lien avec le crime organisé. Les enquêteurs spécialisés dans les crimes contre la personne ont été déployés pour établir les circonstances de chaque incendie, ces événements faisant l’objet d’enquêtes menées de façon indépendante. Des témoins ont déjà été rencontrés et des témoignages recueillis.
Certaines informations relayées évoquent plus précisément un groupe criminel récemment formé en milieu carcéral. La Sûreté du Québec n’a toutefois pas confirmé cette hypothèse, qui demeure à ce stade non vérifiée.
Appel à la population
La SQ invite toute personne détenant des renseignements susceptibles de faire avancer les enquêtes à communiquer avec les policiers, en rappelant que chaque détail peut compter. L’information peut être transmise de façon confidentielle à la Centrale de l’information criminelle de la Sûreté du Québec, au 1 800 659-4264.


