C’est la promesse du PCQ s’il est porté au pouvoir.
Certains croient que c’est impossible sans démanteler le modèle québécois. Si c’est vrai, je suis de ceux qui s’en réjouissent ! Mais bien honnêtement, la coupe proposée n’est pas exagérée.
Comme le souligne Vincent Geloso, avec la croissance historique des dépenses depuis 2014, on parle d’une baisse d’environ 6 % des dépenses totales projetées sur la même période. Si la tendance actuelle se maintenait, l’État dépenserait 211 milliards à la fin du prochain mandat (+23 %). Le PCQ propose plutôt un niveau de dépenses 3,6 % inférieur au niveau actuel.
Relativement à l’économie, on reviendrait autour de 21 % du PIB — le plus bas depuis le premier séjour des péquistes au pouvoir. Le gros de la réduction de la taille de l’État se fait simplement en laissant l’économie croître plus vite que les dépenses publiques.
On parle donc, tout au plus, d’une réforme de certains programmes plutôt que d’une refonte entière du modèle québécois. Nous sommes très loin de Javier Milei et de l’Argentine.
Parce qu’il faut en être conscient, plusieurs de ceux qui souhaitent une refonte complète du modèle voudraient voir l’abolition pure et simple du ministère du Développement économique, d’Investissement Québec, du ministère du Tourisme, du ministère de la Culture, du ministère de la Francophonie, voire des ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Selon eux, plusieurs de ces structures sont contre-productives ou inefficaces et pourraient être remplacées par de simples agences d’audit.
Pourtant, le Parti conservateur du Québec se limite à couper les subventions aux entreprises, à revoir certains programmes, à réduire les effectifs par attrition et à optimiser certaines tâches grâce à l’intelligence artificielle. On essaie de présenter cette proposition comme extrême, alors qu’elle est, dans les faits, plutôt modérée.
J’irais même jusqu’à dire qu’il s’agit d’une tentative de maintenir l’État-providence québécois sous une forme soutenable dans le temps. En dehors de la fin de l’interventionnisme économique, aucune des coupes annoncées ne remet réellement en cause la social-démocratie québécoise. On change le mode de livraison des services, mais on ne touche pas à l’universalité. Ce n’est pas sans rappeler les réformes que la Suède a menées dans les années 1990.
Le cœur de la démarche du PCQ n’est pas une hache aveugle. C’est d’abord et avant tout la transformation du Conseil du trésor en Conseil du trésor et de l’Efficacité gouvernementale, avec un mandat clair : soumettre l’ensemble des programmes gouvernementaux à un examen complet et rigoureux. On parle d’une révision systématique, programme par programme, pour en juger la pertinence, l’efficacité et l’efficience. Le parti propose aussi d’instaurer une règle du « un pour un » : tout nouveau programme devra être compensé par l’abolition d’un programme d’une valeur équivalente.
Ce n’est pas une idée sortie de nulle part. C’est exactement le type d’exercice que d’autres gouvernements ont mené avec succès lorsqu’ils ont voulu remettre de l’ordre dans les finances publiques.
Sous le gouvernement Couillard, la Commission de révision permanente des programmes (présidée par Lucienne Robillard) a produit des rapports substantiels et a contribué, avec le contrôle serré des dépenses, au retour à l’équilibre budgétaire et même à des surplus. L’exercice a montré qu’une révision structurée est possible sans faire s’effondrer le modèle québécois.
Au fédéral, le gouvernement Chrétien, sous la direction de Paul Martin, a lancé en 1994-1995 le célèbre Program Review. Presque tous les programmes ont été passés au peigne fin. Résultat : des réductions de l’ordre de 10 à 20 % selon les ministères, environ 45 000 postes de fonctionnaires en moins et l’élimination du déficit structurel. Personne n’a parlé de « démantèlement du Canada » ; on a parlé d’assainissement.
En Alberta, Ralph Klein a été encore plus radical dans les années 1990. Les dépenses de programmes ont été réduites d’environ 21,6 % en trois ans. La taille de l’État par rapport au PIB a chuté de façon marquée et le déficit a disparu rapidement. Oui, ça a fait mal à court terme. Mais l’Alberta en est sortie plus prospère et plus agile.
Le PCQ propose quelque chose de nettement moins radical que Klein, et même moins brutal que le Program Review de Chrétien. Il s’agit d’un exercice ordonné, piloté par un Conseil du trésor renforcé et clairement orienté vers l’efficacité, qui vise d’abord à éliminer le gaspillage, les dédoublements et les programmes qui ne livrent plus les résultats promis.
On peut débattre de l’ampleur des économies recherchées. Mais présenter cette approche comme une attaque extrémiste contre le modèle québécois, c’est de la mauvaise foi. C’est, au contraire, une tentative raisonnable de faire ce que d’autres gouvernements ont déjà fait : regarder sérieusement ce que l’État fait, pourquoi il le fait et s’il le fait bien.
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