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Les Conservateurs en avance dans la région de Québec : le retour de l’épouvantail médiatique de l’avortement

Avortement et médias se retrouvent une fois de plus au cœur de l’actualité politique québécoise. Alors que les firmes de sondage s’étaient faites discrètes depuis le début de la période estivale, Pallas Data publiait un sondage fort attendu ce mercredi. À l’échelle du Québec, le Parti québécois y arrive premier avec 31 % des intentions de vote, suivi du Parti libéral du Québec, à 27 %, de la Coalition avenir Québec, à 19 %, du Parti conservateur du Québec, à 14 %, et de Québec solidaire, à 9 %.

Dans la région de Québec, le Parti conservateur prend la première place avec 31 % des intentions de vote, marquant ainsi l’un des meilleurs résultats de son histoire. Cette croissance du PCQ dans l’opinion publique n’a pas laissé les médias traditionnels indifférents. Ceux-ci se sont dépêchés, au cours des derniers jours, de ressortir un épouvantail qu’ils avaient rangé dans le placard depuis quelque temps : celui de l’avortement.

En effet, journalistes et citoyens se sont amusés à ressortir des publications datant de 2019 du candidat du PCQ dans Chutes-de-la-Chaudière, Dominique Dumas, dans lesquelles ce dernier s’exprimait en faveur de l’encadrement des avortements tardifs et sexo-sélectifs. Les médias se sont rapidement activés afin de relayer la nouvelle, alors que le chef du PCQ, Éric Duhaime, s’empressait de préciser que son parti était pro-choix et qu’il imposerait la ligne de parti sur cet enjeu.

Une tactique médiatique éprouvée

La création d’un faux scandale au sujet de l’avortement constitue une tactique médiatique éprouvée au Canada afin de faire chuter les conservateurs dans les sondages au cours des semaines précédant une élection. Au cours des dernières années, elle aura permis de faire tomber Andrew Scheer et Erin O’Toole, tous deux en tête des sondages au moment de l’éclatement des « pseudo-scandales ». Il s’agit d’un cas d’étude intéressant en matière de manipulation médiatique, sur lequel il convient de se pencher quelques instants.

Élections fédérales de 2019 : Le 26 août, soit 56 jours avant le scrutin, plusieurs médias ressortent des archives une déclaration du chef conservateur Andrew Scheer datant de 2017, dans laquelle ce dernier affirme avoir toujours été en faveur des projets de loi pro-vie. La nouvelle fait scandale et M. Scheer hésite maladroitement pendant quelques jours avant d’indiquer qu’il s’oppose fermement à la réouverture du débat sur l’avortement.

À ce moment, les conservateurs mènent dans les sondages avec 36 % des intentions de vote, contre 32 % pour les libéraux de Justin Trudeau. Dans les jours suivants, les conservateurs perdent quelques points dans les intentions de vote et, bien qu’ils arrivent en première place quant au vote populaire le soir du scrutin, ils n’obtiendront pas suffisamment de sièges pour former un gouvernement.

Élections fédérales de 2021 : Le 1er septembre, soit 19 jours avant le scrutin, des journalistes assaillent de questions les candidats conservateurs de l’Outaouais sur le sujet de l’avortement. Maladroitement, ces derniers peinent à fournir une réponse claire quant à leurs intentions. Cette fois, la plateforme conservatrice est pourtant sans équivoque : un gouvernement conservateur ne soutiendra aucune mesure législative visant à encadrer l’avortement. Le chef conservateur Erin O’Toole réitère cette position à plusieurs reprises, en ajoutant qu’il est personnellement pro-choix.

Au moment où le pseudo-scandale éclate, les conservateurs sont sur le point de former le gouvernement avec 36 % des intentions de vote dans les sondages, contre 31 % pour les libéraux. Encore une fois, les conservateurs perdent des plumes dans les jours qui suivent et, bien qu’ils remportent à nouveau la pluralité du vote populaire, ils terminent deuxièmes quant au nombre de circonscriptions remportées, derrière les libéraux, perdant donc de nouveau l’élection.

De ce qui précède, on constate donc que les médias traditionnels se coordonnent — généralement quelques semaines, voire jusqu’à deux mois avant une élection — afin de fabriquer un scandale autour de la question de l’avortement et de faire chuter les conservateurs dans les sondages. Il s’agit d’une première en politique québécoise, laquelle coïncide toutefois avec la première véritable chance pour les conservateurs de remporter des sièges à l’Assemblée nationale du Québec dans le cadre d’une élection générale.

On constate également que la tactique s’est avérée fructueuse dans le cadre des élections fédérales de 2019 et de 2021, et ce, même si les chefs conservateurs ont assuré, à deux reprises, qu’ils ne rouvriraient pas le débat.

Pendant que les médias traditionnels ressortent l’enjeu de l’avortement — qui, rappelons-le, relève principalement de la compétence fédérale et se voit protégé par la Charte canadienne —, ils détournent l’attention des véritables préoccupations des Québécois : la crise du logement, les seuils d’immigration trop élevés, le déclin du français, le coût de la vie, l’explosion des dépenses publiques et de la dette sous la CAQ, la dilapidation des fonds publics dans des projets qui floppent systématiquement — cimenterie McInnis, Lion Électrique, Northvolt —, la réingénierie de notre système de santé en décrépitude, la crise des surdoses d’opioïdes, l’état de nos routes et plus encore.

L’avortement : un débat comme un autre?

On constate également que l’avortement est un sujet maudit au Québec, quiconque estimant souhaitable un encadrement législatif minimal se heurtant à des accusations provenant de tous les camps : « Vous voulez qu’on retourne dans les années 1940 », lancera-t-on immanquablement, en tombant instinctivement dans le sophisme de la pente fatale.

Pourtant, comme sur n’importe quel autre enjeu, les Québécois ont tous, y compris les plus progressistes, leurs propres limites morales sur la question de l’avortement. Ce dernier devrait-il pouvoir être pratiqué au seul motif que le fœtus est de sexe féminin ou qu’il est atteint de trisomie 21? Devrait-il pouvoir être pratiqué à la 42e semaine de grossesse? Après l’accouchement, mais avant la rupture du cordon ombilical? Après la rupture du cordon? Cinq jours après l’accouchement?

Certes, l’avortement constitue une interruption de grossesse qui ne peut donc, en principe, survenir après l’accouchement, mais les questions rhétoriques qui précèdent permettent aisément de constater que même les plus grands défenseurs de l’avortement ont des limites morales sur cet enjeu. Il ne s’agit donc pas d’un débat binaire opposant interdiction absolue et autorisation absolue.

Or, c’est ainsi qu’une très forte majorité des Québécois semble percevoir le débat. Il n’y a aucune place pour les demi-mesures : soit l’on désire protéger l’autonomie des femmes sur leur corps, soit l’on veut interdire l’avortement tous azimuts. Ce manque de nuance empêche tout débat sur la question.

Il n’est donc pas très surprenant qu’Éric Duhaime ait choisi d’imposer la ligne de parti dans ces circonstances. Aurait-il ouvert ne serait-ce que d’un millimètre la porte à une remise en question des avortements fondés sur le genre ou le handicap du fœtus qu’on lui aurait lancé des roches jusqu’au jour du scrutin. Plusieurs chroniqueurs de droite ont dénoncé cette ligne de parti, mais, sans elle, les conservateurs auraient pu mettre une croix sur l’ensemble des circonscriptions dans lesquelles ils sont actuellement en avance.

En terminant, soyons clairs : nous appuyons fermement le droit des femmes de faire des choix fondamentaux concernant leur corps, comme celui d’avorter. Nous déplorons toutefois que le sujet ne puisse tout simplement pas être abordé et que les médias l’érigent en épouvantail afin de plomber la droite québécoise, une tactique qui s’est avérée fructueuse par le passé. Espérons que les Québécois seront suffisamment intelligents pour ne pas tomber dans le panneau, cette fois.

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