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Mélanie Joly et son problème avec PSPP

Mélanie Joly semble avoir Paul St-Pierre Plamondon de travers. Je ne sais pas si elle lui en veut personnellement. À lire ses attaques, j’ai toutefois l’impression qu’elle lui parle avec l’agacement qu’on réserve à quelqu’un qui refuse obstinément de rester à sa place.

Le 27 octobre, elle a invoqué cet argument dans la querelle entourant le Sommet Canada–Union européenne : « La géopolitique, c’est une compétence fédérale. » Le gouvernement Carney a refusé au premier ministre du Québec une prise de parole lors de cette rencontre prévue à Montréal les 29 et 30 octobre, ainsi que l’organisation d’une réception québécoise en marge du sommet. PSPP était invité au dîner. Pour le discours, il repassera.

D’anciens collaborateurs devenus adversaires

Cette manière de remettre PSPP à sa place mérite qu’on s’attarde à leur parcours. Les deux se connaissent depuis longtemps. Avec Stéphanie Raymond-Bougie, ils ont cofondé Génération d’idées, un organisme qui voulait donner une voix aux jeunes adultes et leur permettre de participer au débat public.

Ils ont donc déjà travaillé ensemble à ouvrir la discussion. Aujourd’hui, Joly défend le refus d’accorder une tribune à son ancien collaborateur, devenu premier ministre. Le changement d’ambiance est assez frappant.

Le ton ne date pas de cette semaine. Le 18 novembre 2025, elle accusait le chef péquiste de vouloir « donner le Québec à Donald Trump ». Le lendemain, aux Communes, elle tournait en dérision son projet de monnaie québécoise en parlant de ses « PS piastres ».

Elle défendait alors l’idée qu’un Québec indépendant serait affaibli face aux États-Unis. Elle avait choisi d’ajouter la moquerie à son argumentaire.

Les « PS piastres », c’est la petite tape sur la tête. On peut débattre des risques d’une nouvelle monnaie pendant des heures. Avec cette formule, le débat devient une plaisanterie sur les ambitions de Paul. Il rêve encore trop grand, le garçon.

La sortie sur la compétence fédérale laisse la même impression. Cette fois, elle touche directement la place du gouvernement du Québec dans une rencontre internationale organisée à Montréal.

Et c’est là que Mélanie Joly devrait rouvrir ses livres.

La doctrine Gérin-Lajoie : un héritage que Joly semble oublier

Le 12 avril 1965, Paul Gérin-Lajoie, ministre de l’Éducation dans le gouvernement de Jean Lesage, énonce devant le Corps consulaire de Montréal le principe qui guidera l’action internationale québécoise : les compétences exercées par le Québec sur son territoire doivent pouvoir se prolonger à l’étranger.

Cette doctrine a obtenu l’adhésion de tous les partis qui ont exercé le pouvoir au Québec depuis.

Le principe se comprend facilement. Les responsabilités québécoises en éducation ne s’évaporent pas lorsqu’une discussion implique la France. Le Québec ne perd pas sa capacité de défendre ses intérêts parce que ses interlocuteurs ont traversé l’Atlantique. L’action internationale découle aussi des responsabilités qu’il exerce ici.

Soixante et un ans plus tard, Mélanie Joly invoque la compétence fédérale comme si elle suffisait à régler la question de la voix québécoise.

C’est précisément cet usage de l’argument qui contredit la doctrine Gérin-Lajoie : faire de la participation publique du Québec une faveur qu’Ottawa peut accorder ou refuser sans avoir à répondre de ce choix.

Il y a quelque chose d’assez savoureux dans cette leçon administrée à PSPP.

Gérin-Lajoie était libéral. Jean Lesage aussi.

Cette affirmation internationale du Québec appartient à un héritage que les libéraux québécois revendiquent encore. Le 8 avril 2025, leur aile parlementaire soulignait le soixantième anniversaire de la doctrine et réaffirmait expressément son attachement à celle-ci.

Mélanie Joly peut combattre le projet indépendantiste. Elle devrait tout de même reconnaître que la volonté du Québec de parler pour lui-même précède largement l’arrivée de PSPP à la tête du gouvernement.

En traitant cette volonté comme une prétention à rabattre, elle se heurte aussi à une tradition libérale québécoise.

La compétence fédérale n’efface pas les compétences du Québec

Il faut être précis sur le droit.

Ottawa négocie et conclut les traités au nom du Canada. Cette responsabilité ne lui permet pas de légiférer à la place du Québec pour les appliquer dans les domaines qui relèvent de celui-ci. La Bibliothèque du Parlement rappelle elle-même cette limite.

Le partage des compétences continue d’exister après la signature d’un accord international.

La doctrine Gérin-Lajoie ne garantit pas davantage un discours à chaque sommet. Elle n’est pas un règlement de protocole. Elle affirme que l’action internationale du Québec dans ses champs de compétence découle de ses responsabilités propres.

Le gouvernement Carney conserve donc la responsabilité politique de son refus. Mélanie Joly peut le défendre; prononcer les mots « compétence fédérale » ne le rend pas soudainement indiscutable.

Il faut également distinguer le refus d’une tribune de l’absence de tout échange. Mark Carney affirme que trois consultations ont eu lieu avec la délégation québécoise concernant un accord avec l’Union européenne.

Cela fait partie du dossier. Cela ne répond toujours pas à la question du refus d’un discours et d’une réception.

Un Québec bon pour les paysages, mais pas pour les discours?

La référence de Joly au G7 de Charlevoix ajoute une couche à ce malaise. Pour expliquer sa position, elle a rappelé la satisfaction des gens d’accueillir ces rencontres et la possibilité de montrer le « magnifique territoire du Québec ».

Le territoire est magnifique, oui.

Son premier ministre a aussi quelque chose à dire.

Cette réponse me paraît terriblement réductrice. Le Québec peut accueillir les visiteurs, offrir ses paysages et se réjouir de leur présence. Lorsqu’il souhaite prendre la parole, on lui rappelle l’existence d’Ottawa.

À ce compte-là, on reconnaît volontiers sa valeur touristique. Sa voix politique devient plus encombrante.

C’est cette condescendance qui me frappe dans la relation entre Joly et PSPP. Leur désaccord constitutionnel est parfaitement légitime. La façon de traiter l’ambition de l’autre comme une extravagance, puis sa fonction comme celle d’un invité qu’on doit encadrer, mérite une réponse autrement plus ferme.

Le Québec n’a pas à payer la note

PSPP n’a pas inventé la diplomatie québécoise pour contrarier Mélanie Joly.

Il hérite d’une conception de l’État québécois qui a traversé les gouvernements et les changements de parti. Elle peut contester sa manière de la défendre. Elle ne peut pas sérieusement réduire toute cette histoire à une affaire qui se règle derrière les portes d’une réunion du cabinet fédéral.

Si Mélanie Joly a un compte politique à régler avec Paul St-Pierre Plamondon, qu’elle le règle avec lui. Le Québec n’a pas à payer la note.

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