Imaginez un matin ordinaire. Vous êtes à la table de cuisine avec votre café. Votre voisin, un homme de 67 ans qui a travaillé toute sa vie dans la construction, vous appelle pour jaser des hausses d’Hydro ou des listes d’attente à l’hôpital. Vous discutez franchement, comme on l’a toujours fait au Québec. Pas de haine, juste du bon sens.
Aujourd’hui, on a le droit de se demander si ces conversations-là vont devenir plus compliquées. Pas parce qu’on est devenus méchants, mais parce qu’Ottawa met en place des lois présentées comme justes et protectrices. Je ne suis pas avocat. Je suis un citoyen comme vous, qui regarde ça calmement.
Le piège ne se referme pas d’un coup. Il s’installe par étapes, tranquillement.
La parole de tous les jours qui devient risquée
Les menaces, l’intimidation et les appels à la violence doivent continuer d’être sanctionnés fermement. Personne de bonne foi n’est contre le fait de protéger les lieux de culte et les gens vulnérables.
Le problème, c’est que les définitions deviennent larges. Avec des mots plus vagues, certains citoyens craignent qu’une simple plainte ou dénonciation puisse leur causer des enquêtes, des vérifications et des problèmes, même quand ils n’avaient aucune intention de faire du mal à qui que ce soit. Un commentaire ferme sur l’immigration, les hausses d’Hydro, les taxes, le système de santé ou la sécurité publique pourrait être scruté.
Beaucoup de gens de mon âge me disent déjà : « Moi, je vais me taire. Je ne veux pas me ramasser avec de la paperasse et des frais. » C’est ça, le vrai risque : l’autocensure. On hésite à dire ce qu’on pense autour d’un café, lors d’un souper de famille ou sur Facebook, même quand c’est du bon sens.
Et moi-même, qui écris ces chroniques à visage découvert sous le pseudonyme de Ced L’Optimiste depuis plusieurs mois, je me pose la question : sera-t-il possible pour moi de continuer mes chroniques sous cette incertitude? Je reste factuel et respectueux, mais avec des règles floues, on ne sait plus exactement où est la ligne.
Le piège silencieux : de la visibilité à l’effacement
C’est ici que ça devient plus insidieux.
D’abord, la visibilité réduite. Les plateformes comme Facebook doivent déjà modérer très fortement pour éviter des amendes. Résultat? Même si votre message n’est pas supprimé, il peut devenir beaucoup moins visible. Vous continuez à publier, vous pensez que vos amis et votre famille vous lisent… mais presque personne ne voit votre publication. Vous parlez dans le vide sans le savoir.
Ensuite, la fatigue administrative. Plusieurs citoyens craignent que les boutons pour dénoncer deviennent tellement faciles à utiliser que n’importe qui pourra signaler un commentaire de bonne foi. Même si vous avez raison et que vous gagnez à la fin, vous devrez répondre à des demandes, remplir des formulaires et peut-être vous défendre devant un comité. Pour un retraité, c’est du temps, du stress et, souvent, des frais. Beaucoup finiront par se censurer simplement pour avoir la paix.
Enfin, le profilage invisible. Les compagnies de téléphone conservent déjà l’historique des personnes que vous appelez, le moment où vous les appelez et, approximativement, l’endroit où vous vous trouvez. Avec les cadres d’accès légal actuels, la police et d’autres agences peuvent obtenir ces données plus facilement qu’on ne le pense.
Pour Mme Gagnon, 68 ans, veuve, ça veut dire quoi? Elle texte sa sœur tous les jours pour parler de ses rendez-vous médicaux, de sa facture d’électricité ou de ses inquiétudes sur les impôts. On ne lit pas nécessairement le contenu, mais en croisant ces informations, la machine est capable de deviner ses opinions. L’ordinateur voit qu’elle appelle souvent un groupe de citoyens en colère contre les taxes ou un organisme de défense des aînés. Pas besoin de fouiller dans sa maison. On sait déjà ce qu’elle pense, tranquillement, depuis un écran.
On a grandi à une époque où nos appels et nos conversations restaient nos affaires. Aujourd’hui, on sent qu’on construit, petit à petit, le dossier numérique de tout le monde.
Ce que ça veut dire pour nous, Québécois ordinaires
Pour les 50 ans et plus, qui ont travaillé fort, payé leurs impôts et qui veulent simplement critiquer ce qui ne fonctionne pas et transmettre leur vécu, c’est lourd.
Le danger n’est pas la prison pour la plupart d’entre nous. C’est l’usure lente : l’autocensure, le sentiment de parler dans le vide, la fatigue de devoir se défendre pour des opinions de bon sens, et une vie privée qui recule graduellement.
On n’est pas obligés de subir ça sans rien dire. Au lieu d’empiler toujours plus de lois compliquées qui donnent tout le pouvoir à des comités et à des algorithmes, exigeons une chose simple : qu’on applique mieux les lois qu’on a déjà pour punir les vrais criminels, et qu’on foute la paix aux honnêtes citoyens. Comme citoyens ordinaires, restons vigilants, faisons attention à notre vie privée et continuons surtout à nous parler avec franchise et respect.
Mes amis, je ne veux pas semer la peur. Je veux qu’on reste lucides et pragmatiques. On est des Québécois qui ont bâti ce pays à force de travail et de bon sens. Gardons notre voix citoyenne libre. Le citoyen d’abord, toujours.
Parce que si on perd la capacité de débattre honnêtement de nos défis — énergie, santé, prospérité, autonomie —, on perd ce qui fait notre force collective. Et si même des gens comme moi doivent s’interroger sur leur droit de continuer, c’est tout le débat public qui s’appauvrit.
Qu’en pensez-vous? Vos réflexions sont les bienvenues, toujours dans le respect. On est dans le même bateau.

