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Ordres professionnels : ceinture de sécurité pour nos soins… ou frein à l’accès ?

Au Québec, nous avons l’un des ratios de professionnels de la santé les plus élevés au Canada. Pourtant, nos listes d’attente restent parmi les plus longues. Les ordres professionnels ont été créés pour protéger le public. Mais, dans la pratique, on assiste à une dérive de plus en plus visible : la défense de la chasse gardée corporative semble trop souvent primer sur la santé réelle des citoyens.


Le mandat original face à la réalité

Le rôle du Collège des médecins du Québec (CMQ) et des autres ordres est clair : assurer la compétence, l’éthique et la sécurité des soins. Rien à redire là-dessus.

Là où le bât blesse, c’est dans l’application. Au lieu de maximiser l’utilisation sécuritaire de tous les professionnels qualifiés, on érige des barrières qui protègent des périmètres de pratique. Le résultat ? Un gaspillage de compétences, pendant que le citoyen ordinaire paie la note sous forme de temps d’attente et de détérioration de sa santé.


Le cas concret des IPS, des pharmaciens et des diplômés hors Québec

Notre cadre réglementaire a historiquement encadré très étroitement les actes délégués ou partagés avec les infirmières praticiennes spécialisées (IPS), les pharmaciens et les physiothérapeutes. Les IPS ont un champ de pratique plus limité qu’en Ontario. Les pharmaciens doivent encore composer avec une lourde bureaucratie pour prescrire des traitements pourtant simples, notamment contre le zona ou les infections urinaires. Quant aux médecins formés hors Québec, plusieurs attendent des années avant d’obtenir une équivalence et finissent, entre-temps, par exercer un autre métier. On protège un territoire au lieu d’optimiser les services offerts au public.


Quand la régulation devient du contrôle d’opinion

Certains dossiers récents, comme celui du Dr Marc Lacroix, soulèvent une question plus large : jusqu’où un ordre professionnel doit-il intervenir lorsqu’un professionnel s’exprime publiquement ? Le rôle premier d’un ordre est de protéger le public en assurant la qualité des soins, et non de contrôler le débat public. Le Tribunal des professions a d’ailleurs infirmé la décision du Collège sur des enjeux clés liés à la liberté d’expression.

Une société sans débat est une société morte : les ordres devraient répondre par des faits plutôt que d’imposer le silence.


L’impact direct sur le quotidien

Même si le gouvernement multiplie les annonces visant à rattacher les patients, l’offre ne suit pas tant que la réglementation empêche nos ressources humaines de travailler à plein régime. Plus d’un Québécois sur quatre, soit 28 %, n’a pas de médecin de famille attitré à titre individuel, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Or, une inscription collective au Guichet d’accès à la première ligne (GAP) ne remplace pas un suivi personnalisé. Le coût est humain et économique : journées de travail perdues, stress pour les familles, urgences engorgées par des cas légers et facture privée qui s’alourdit.


Ramener les ordres à leur mission de base

Voici une piste de solution qui permettrait de s’attaquer à la cause véritable, et non pas seulement aux conséquences : ramener les ordres à leur mandat initial, soit celui de protéger le public en maximisant l’accès sécuritaire aux soins.

Cela passe par :

  • un élargissement franc de l’autonomie des IPS et des professionnels assimilés ;
  • une réelle simplification de la reconnaissance des diplômes étrangers ;
  • une plus grande proportionnalité dans les processus disciplinaires, afin de privilégier le débat factuel plutôt que la censure.

Les gains pour les citoyens seraient concrets : moins d’attente pour consulter un médecin de famille, une meilleure couverture en région, un recours moins fréquent aux urgences pour des cas courants et une réduction des coûts indirects. Un système qui utilise pleinement ses professionnels qualifiés permettrait à davantage de Québécois de bénéficier d’un suivi régulier sans abaisser les standards.

En résumé, les ordres ont un rôle important. Mais lorsque la défense du territoire prend le dessus sur l’accès aux soins, on s’éloigne du mandat original. Il est temps d’ajuster le tir afin que la réglementation serve d’abord le patient.


Sources principales :

  • Ratio de professionnels de la santé : ICIS — Données sur la main-d’œuvre en santé au Canada
  • Comparaison des IPS : Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ) et Radio-Canada
  • Dossier du Dr Lacroix : décision du Tribunal des professions — Liberté d’expression et révision des sanctions disciplinaires
  • Québécois sans médecin de famille : Institut de la statistique du Québec (ISQ)

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Cédric Tardif
Cédric Tardif
Cédric Tardif est un entrepreneur québécois autodidacte, parti de rien – travail en boucherie à 14 ans, apprentissage sur le tas en tech dès 1997, croissance d’une entreprise puis acquisition et revente après des années de travail intense. Passionné par l’autonomie énergétique, la prospérité de tous les Québécois et l’équité sociale, il souhaite contribuer à un enrichissement durable du Québec avec une vision réaliste et pleine de potentiel, pour que chaque Québécois retrouve justice et richesse dans son quotidien.

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