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L’impartialité nous fait-elle vraiment faire du surplace?

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L’impartialité politique nous fait-elle vraiment faire du surplace? À la suite de la publication d’une chronique de mon estimé collègue, plusieurs lecteurs nous ont fait part de leurs critiques.

L’une de ces critiques a toutefois retenu mon attention. Selon son auteur, l’impartialité apparente de mon collègue ne faisait que contribuer à notre immobilisme politique. À force d’analyser les enjeux avec nuance, nous ferions du « surplace ».

Il aurait plutôt fallu délaisser l’analyse au profit du pamphlet afin de faire avancer les choses. Du moins, est-ce ainsi que j’ai compris son propos. J’ai plutôt tendance à croire l’inverse, soit que notre trop grande partialité contribue à notre immobilisme collectif.

Avant d’aller plus loin, définissons ce qu’est l’impartialité. Il s’agit de la capacité à juger une personne, une situation ou une idée avec équité, sans favoritisme ni parti pris. C’est une qualité précieuse dans toute démocratie.

Cela dit, ce n’est pas tant l’impartialité absolue que je défends ici. Personne n’est parfaitement impartial, pas même moi.

L’impartialité politique ne consiste donc pas à renoncer à ses convictions, mais à les soumettre à l’examen des faits et des arguments.

Ce que je défends, c’est la capacité de faire l’effort conscient de reconnaître, de contenir et de soumettre ses biais à l’examen des faits et des arguments, afin de traiter une question de la manière la plus juste possible et de présenter loyalement l’argument de l’adversaire.

Le lecteur n’a d’ailleurs pas entièrement tort. Dans certaines circonstances, l’impartialité ne suffit pas à défendre une démocratie. Mais je doute que ce soit ce qui explique notre situation politique actuelle. J’ai plutôt l’impression que notre inertie découle d’un phénomène inverse : une forme d’hyperpartisanerie.

Cette difficulté à discuter sans transformer chaque désaccord en affrontement identitaire rejoint d’ailleurs le malaise du débat politique moderne, où les principes finissent trop souvent par céder la place à la défense réflexe de son propre camp.

La partisanerie n’a rien de répréhensible en soi. Elle est même inhérente à la vie démocratique. Les convictions donnent une direction à l’action politique. Le problème apparaît lorsque l’appartenance au clan devient plus importante que la recherche de la vérité.

Lorsque notre réflexe consiste à croire que le parti auquel nous adhérons a toujours raison, peu importe les circonstances, et que tous ceux qui pensent autrement doivent être ridiculisés ou discrédités, nous cessons de débattre. Nous défendons un camp avant même d’examiner les faits. C’est peut-être là que commence le véritable surplace.

Cette réflexion m’amène à Julia Galef, jeune philosophe et écrivaine américaine. Dans une conférence TED prononcée en 2016, intitulée Why You Think You’re Right — Even If You’re Wrong, elle oppose deux façons d’aborder le monde : la mentalité de soldat et la mentalité d’éclaireur.

Le soldat défend une position. Il protège son territoire intellectuel, son identité et son groupe. Les informations qui confortent ses convictions sont accueillies avec enthousiasme; celles qui les contredisent sont perçues comme des menaces.

L’éclaireur poursuit un tout autre objectif. Il cherche d’abord à comprendre le terrain. Son rôle n’est pas de défendre une carte, mais de la dessiner le plus fidèlement possible.

La curiosité, le plaisir d’apprendre et l’ouverture aux surprises guident sa démarche. Lorsqu’un fait nouveau apparaît, il n’y voit pas une attaque contre son identité, mais une occasion d’améliorer sa compréhension du réel.

Julia Galef affiche clairement sa préférence pour cette seconde posture, à laquelle elle a consacré un livre en 2021. Pour ma part, je me garderais d’opposer aussi radicalement les deux mentalités. Il est parfaitement sain d’avoir des convictions et de vouloir les défendre avec d’autres personnes qui portent les mêmes convictions que nous.

En revanche, il me semble souhaitable que nous soyons capables, collectivement, d’alterner entre ces deux postures. Être éclaireur lorsque vient le temps de comprendre. Redevenir soldat lorsqu’il faut défendre une idée que l’on juge juste. À mes yeux, la démocratie a besoin des deux.

Dans la guerre culturelle qui oppose aujourd’hui la gauche et la droite, j’ai choisi mon camp, même si je n’ai pas toujours l’impression que celui-ci m’ait choisi. Je joue trop souvent à l’éclaireur à son goût et je suis régulièrement accueilli avec suspicion. Tant pis. Même s’il ne m’a pas choisi, moi, je l’ai choisi.

Au fond, ce ne sont pas nos convictions qui me préoccupent. C’est notre difficulté grandissante à les mettre momentanément entre parenthèses afin de pouvoir faire émerger des vérités communes dans un esprit de réciprocité. Voilà pourquoi je crois que l’hyperpartisanerie constitue l’une des principales causes de notre inertie politique.

Cela dit, je demeure toujours prêt à revoir cette analyse si l’on m’apporte des perspectives… éclairantes.

Et vous, chers lecteurs, qu’en pensez-vous?

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