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Le ticket, le « racisme systémique » et la mairesse : quand Soraya règle ses comptes avec son propre SPVM

Soraya Martinez Ferrada et le SPVM entretiennent depuis quelques semaines une relation politique pour le moins singulière. La mairesse de Montréal dénonce ouvertement le profilage racial au sein de son propre corps policier, invoque les interpellations répétées de son conjoint et réclame de nouvelles mesures.

Le problème, c’est qu’au milieu de ce grand procès politique se trouve aussi une histoire beaucoup plus terre-à-terre : une contravention impayée, une voiture interdite de circulation et une saisie par le SPVM. Pris séparément, les faits sont banals. Mis ensemble avec le discours actuel de la mairesse, ils deviennent franchement plus intéressants.

Le 9 mars 2026, Pascal Delinois, conjoint de la mairesse Soraya Martinez Ferrada, est intercepté par le SPVM pour excès de vitesse dans une zone de 50 km/h, à Saint-Léonard. En vérifiant le véhicule, immatriculé au nom de la mairesse, le policier découvre qu’il n’a pas le droit de circuler, en raison d’une contravention antérieure impayée. La mairesse n’est pas dans la voiture. Résultat : remorquage, fourrière et deux constats supplémentaires de 524 $, l’un à Delinois et l’autre à Martinez Ferrada.

Le cabinet expliquera ensuite que le fameux ticket était « tombé entre deux chaises ». Il sera payé le jour même et l’auto récupérée le lendemain. Le cabinet a toutefois refusé de dire si les avis préalables avaient été reçus.

Bref, une mésaventure administrative tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Sauf qu’à Montréal, même une contravention peut finir par acquérir une dimension sociologique.

Cinq ou six fois « pour rien »

Quelques mois plus tard, en pleine crise au SPVM, la mairesse affirme que son conjoint noir aurait été interpellé « facilement cinq ou six fois » en un an, essentiellement pour rien, et utilise cette expérience pour appuyer sa dénonciation du profilage racial.

Question assez élémentaire : l’interception du 9 mars fait-elle partie de ces cinq ou six interventions?

On ne le sait pas.

Et c’est précisément pourquoi il serait intéressant de le savoir.

Parce que si cette interception est incluse dans le décompte, nous avons tout de même une curieuse définition de « pour rien » : excès de vitesse, véhicule interdit de circulation et contravention impayée. Si elle n’en fait pas partie, très bien, mais alors que la mairesse précise les événements auxquels elle fait référence.

Précisons néanmoins une chose importante : Soraya Martinez Ferrada parlait déjà publiquement de profilage racial le 26 janvier, donc avant l’épisode de mars. On ne peut donc sérieusement prétendre que toute sa position actuelle serait née d’un ticket mal digéré.

La chronologie interdit le procès d’intention facile. Elle n’interdit pas les questions.

Un vrai scandale, puis le grand saut politique

Car il existe bel et bien une affaire grave au SPVM.

Le 12 juin, le Service a démantelé une équipe du poste 39 de Montréal-Nord après que des employés eurent eux-mêmes dénoncé des comportements présumés discriminatoires et racistes. Deux policiers furent initialement suspendus et le reste de l’équipe retiré du terrain. Des dossiers ont été transmis au DPCP.

Des informations rapportées dans les médias font notamment état de personnes noires et arabes ciblées, de contraventions qui auraient été distribuées en fonction de l’origine ethnique et même de cheveux coupés lors d’interventions puis conservés comme trophées. Ce sont des allégations extrêmement sérieuses qui doivent évidemment être enquêtées.

Depuis, le Commissaire à la déontologie policière a ouvert sa propre enquête. Une vidéo interne de Fady Dagher révélée depuis indique que trois policiers auraient finalement été suspendus, trois autres affectés à des tâches administratives et dix transférés. Dagher insiste parallèlement sur le fait qu’il refuse qu’on fasse porter ces gestes présumés à l’ensemble de ses policiers.

C’est ici que Soraya passe de la condamnation légitime au festival de concepts.

Elle réclame une enquête publique, parle ouvertement de racisme systémique et propose même un moratoire sur les interpellations aléatoires.

Petit problème : le SPVM rappelle que les interpellations aléatoires sont déjà strictement interdites par sa politique depuis 2021, tandis que les interceptions routières aléatoires sont suspendues à l’échelle québécoise depuis le printemps 2025 en attendant la Cour suprême.

Réclamer solennellement l’arrêt de quelque chose qui est déjà arrêté : voilà une réforme municipale particulièrement économique.

Même la Ville ne semble pas savoir ce qu’elle pense

L’ironie devient encore meilleure.

En 2024, la Cour supérieure a conclu que le profilage racial au SPVM présentait un caractère systémique et a tenu la Ville responsable. Mais en avril 2026, sous l’administration actuelle, les avocats de Montréal étaient devant la Cour d’appel pour tenter de faire renverser ce jugement, contestant notamment la preuve et le mécanisme d’indemnisation.

Ainsi, à quelques semaines d’intervalle, la mairesse proclame politiquement ce que sa propre Ville conteste judiciairement.

Ce n’est plus une ligne politique. C’est un rond-point.

Que des policiers ayant commis des gestes racistes soient sanctionnés sévèrement : évidemment. Que des pratiques discriminatoires soient documentées et corrigées : absolument. Cependant le conflit entre Soraya Martinez Ferrada et le SPVM dépasse donc largement la simple anecdote d’une contravention.

Mais gouverner exige davantage que transformer une expérience personnelle, des allégations concernant une unité de seize policiers et un concept sociologique contesté en réquisitoire général contre son propre corps de police.

Surtout lorsqu’on demande ensuite l’abolition de pratiques déjà abolies.

Et qu’au milieu de tout cela traîne, discrètement, un ticket de 524 $ et une voiture partie à la fourrière.

À Montréal, même le racisme systémique finit parfois par croiser la cour municipale.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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