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Union européenne et Mark Carney. À quoi joue le Bloc Québécois?

Dans une récente entrevue accordée à La Presse, le chef du Bloc Québécois indique vouloir appuyer les démarches de partenariat avec l’Union européenne du premier ministre canadien. Une énième déclaration démontrant l’incapacité de monsieur Blanchet à saisir son rôle comme chef du Bloc Québécois.

Ce serait drôle si ce n’était pas si grave, mais, hélas, le chef du BQ nous habitue à des sorties stratégiquement douteuses dans le champ de la politique internationale. Que ce soit sa présence médiatisée au congrès du Parti démocrate avant la dernière élection américaine, ses insultes répétées envers le président voisin, mais aussi envers son vice-président, JD Vance, qu’il voit prendre le relais avec un « discours pas moins débile »[1] que celui de Trump.

Cependant, cette fois, il se dépasse. En effet, devant la tentative de Mark Carney de faire du Canada un pays partenaire de l’Union européenne, monsieur Blanchet n’a même pas pris la peine d’analyser les effets secondaires qu’une telle alliance pourrait avoir sur le Québec. Pourtant, ils sont nombreux.

« Je dis à M. Carney : rapprochez-vous de l’Europe. Si vous faites ça, le Bloc risque d’être un très, très bon collaborateur. Et si le gouvernement fédéral a l’appui du Bloc, il peut faire pas mal ce qu’il veut. »[2]

Je sais, réfléchir en politique n’est pas très populaire, mais fournissons un effort quand même. Le Québec est présentement en élection. Le parti en tête des sondages est un parti résolument indépendantiste, mais qui, devant une situation qu’il qualifie d’exceptionnelle, reporte le référendum après le départ de Donald Trump. Cela indique, premièrement, un manque de confiance quant à sa capacité de remporter le référendum, mais aussi quant à sa capacité d’obtenir un appui international comme celui dont nous aurions pu bénéficier en 1995.

Maintenant que cela est dit, le Québec est ouvertement hostile envers le gouvernement américain. C’est réciproque, me direz-vous, mais, néanmoins, il semble improbable que les Québécois acceptent une entente avec nos voisins du Sud pour la reconnaissance de notre souveraineté.

Du côté asiatique, aucun pays n’a intérêt à venir se mêler de nos chamailleries. La Chine se rapproche ouvertement du Canada, un pays qu’elle a abondamment infiltré avec ses instituts Confucius, ses services de renseignement et plus encore. Le Canada est, pour la Chine, un fantastique avant-poste pour ses opérations contre l’Oncle Sam.

Tournons-nous vers l’Amérique du Sud, autrefois terreau fertile pour nos opérations diplomatiques. Les États-Unis ont clairement recentré leurs opérations au sud : l’opération militaire au Venezuela, le soutien diplomatique et financier envers l’Argentine, le soutien politique envers le Salvador, etc. La souveraineté de nos cousins latins n’a probablement pas été aussi réduite depuis les accords de Washington; je ne vois aucun potentiel dans ce coin du globe.

Ne parlons pas de l’Afrique, qui est diplomatiquement toujours aussi inutile et impuissante. Outre une déclaration de soutien de l’Inde, pour foutre un peu le bordel, disons que le portrait est sombre.

Ce qui nous mène à l’Europe…

Historiquement, le Québec bénéficiait du soutien presque absolu de la France, mais ce soutien s’est effrité au même rythme que la souveraineté française elle-même. Le terreau était déjà moins fertile en Europe en raison des mouvements indépendantistes européens : soutenir le Québec, c’est ouvrir la porte à ce que d’autres pays soutiennent des mouvements indépendantistes chez soi, voyez-vous.

Sauf que c’est là tout le génie du soutien de YFB envers Carney. L’Europe n’a plus d’énergie, plus de gaz, plus de pétrole. Le Canada en possède une quantité astronomique. L’alliance entre les deux est naturelle et même profitable pour les deux entités, mais, d’un point de vue purement géopolitique et au regard des objectifs du chef du parti SOUVERAINISTE du Québec, c’est incroyablement nuisible.

Le Québec borde en bonne partie le Saint-Laurent et constitue l’un des meilleurs endroits pour l’exportation vers l’Europe en raison de notre proximité relative. Croyez-vous sincèrement que l’Union européenne n’irait pas publiquement soutenir le Canada lors d’un référendum, et même dans les négociations subséquentes, si notre indépendance venait mettre en jeu l’approvisionnement en gaz et en pétrole de l’UE?

Une alliance avec l’UE pour le Canada se fait, dans tous les cas, au prix de la capacité concrète du Québec à devenir un pays, et ce, de manière assez radicale.

À quoi joue le chef du Bloc Québécois?

C’est pour ça que j’en reviens à ma question initiale. À quoi joue le chef du Bloc Québécois?

Pour une raison que j’ignore, il prend systématiquement position, depuis plusieurs années, pour faire fonctionner le Canada. Il propose des solutions visant à renforcer de facto la souveraineté canadienne afin de protéger d’importants lobbys électoraux, mais finit quand même par se faire casser la gueule lors des élections partielles, car les gens finissent par se dire que, tant qu’à défendre les intérêts du Canada, pourquoi ne pas voter pour un parti qui ne prétend pas vouloir briser le Canada?

Au moment où le Québec est à la croisée des chemins quant à son avenir, notre représentation supposément souverainiste agit contre nos intérêts nationaux. Si le Bloc veut devenir le représentant physique du gouvernement du Québec au Parlement canadien et faire des concessions sur l’indépendance, cela peut se justifier, mais encore faut-il l’annoncer et en parler.

En attendant, il serait peut-être pertinent de rappeler à Yves-François Blanchet les devoirs d’un leader d’un mouvement indépendantiste.


Références

[1] Page d’Yves-François Blanchet, entrevue avec Mario Dumont, QUB Radio, 18 septembre 2026.

[2] Bellavance, « Le Bloc québécois prêt à épauler Mark Carney dans son virage européen », La Presse.

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