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Carney et Zelensky signent pour 100 ans : le cirque ukrainien devient héréditaire

Carney et Zelensky viennent de signer une « déclaration de partenariat de 100 ans » entre le Canada et l’Ukraine. Le Canada ne sait toujours pas comment il financera durablement ses soins de santé, reconstruira ses infrastructures ou équipera convenablement sa propre armée. Qu’importe : Ottawa vient de réserver une table diplomatique jusqu’en 2126.

Cent ans.

Le gouvernement fédéral peine à prévoir correctement ses dépenses pour le prochain trimestre, mais il connaît déjà sa politique ukrainienne pour l’époque où nos arrière-petits-enfants réclameront peut-être un remboursement à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

Un partenariat qui veut tout couvrir

La déclaration signée le 10 septembre à Calgary ne constitue pas, à elle seule, un engagement automatique à financer l’Ukraine pendant un siècle. Cette précision est essentielle si l’on veut critiquer le cirque sans s’habiller soi-même en clown. Selon la déclaration conjointe publiée par le bureau du premier ministre, le texte vise plutôt à transformer la relation bilatérale en « partenariat stratégique global ».

Défense, renseignement, cybersécurité, drones, brouillage électronique, munitions, commerce, énergie, minéraux critiques, intelligence artificielle, biotechnologie, agriculture, navigation en mer Noire, reconstruction, immigration, culture, sport, santé et échanges jeunesse : il ne manque pratiquement que le jumelage des ligues de quilles.

Ottawa promet également de soutenir l’éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, de maintenir l’opération UNIFIER jusqu’en 2029 et de travailler à l’établissement de garanties de sécurité « politiquement et juridiquement contraignantes ». Le communiqué prévoit même un futur accord stratégique reposant sur trois piliers : l’innovation militaire, la croissance et la reconstruction, puis les relations entre les populations.

Ce n’est donc pas un traité garantissant cent ans de chèques. C’est plus subtil : une architecture politique conçue pour que les prochains chèques paraissent naturels.

Un nouveau tour de piste à 785 millions

La signature était évidemment accompagnée d’un nouveau panier de cadeaux.

Carney a annoncé 350 millions de dollars supplémentaires pour la défense aérienne ukrainienne, notamment afin de fournir des missiles intercepteurs. Le compte rendu officiel de sa rencontre avec Zelensky précise que le Canada appuiera le projet Freya, qui cherche à développer un intercepteur moins coûteux et pouvant être produit à grande échelle pour contrer les missiles balistiques russes.

Ottawa ajoutera aussi près de 435 millions de dollars en garanties de prêt afin d’aider l’Ukraine à acheter du gaz et à constituer ses réserves énergétiques avant l’hiver. Cette nouvelle somme porte les garanties canadiennes liées à la sécurité énergétique ukrainienne à 757 millions de dollars, selon la déclaration officielle publiée par Ressources naturelles Canada.

À cela s’ajoutent une enveloppe de 200 millions de dollars administrée par Exportation et développement Canada pour des projets prioritaires, notamment hydroélectriques, ainsi qu’une nouvelle contribution de 10 millions de dollars au Fonds de soutien à l’énergie en Ukraine, auquel le Canada aura désormais versé 100 millions. Là encore, la machine ne se contente plus de distribuer de l’aide : elle finance, garantit, assure et prépare déjà la reconstruction.

Le premier ministre veut aussi produire des millions de drones au Canada au cours des prochaines années, dont environ le tiers serait destiné à l’Ukraine. Voilà Ottawa devenu fabricant, financier, assureur, reconstructeur et bientôt commis aux pièces d’une guerre dont personne ne connaît encore la date de péremption.

Tout cela s’ajoute aux plus de 25,5 milliards de dollars engagés par le Canada depuis février 2022, dont 8,5 milliards en aide militaire. Ottawa indique également avoir fourni plus de 750 millions pour la reconstruction et imposé plus de 3 500 sanctions en réponse à l’invasion russe.

Avant même le partenariat centenaire, la carte de crédit canadienne avait donc davantage voyagé que la plupart des contribuables qui la remboursent.

Une facture que je documente depuis des mois

J’abordais déjà cette dérive dans Chrystia Freeland : l’ambassadrice désinvolte des milliards canadiens vers l’Ukraine, alors que l’ancienne ministre canadienne était devenue conseillère économique de Zelensky après avoir contribué à organiser cette générosité financée avec l’argent des autres.

Dans Le confort de l’extérieur : quand les chefs d’État préfèrent le monde à leur propre pays, je décrivais ce réflexe consistant à chercher sa grandeur dans les sommets internationaux pendant que les problèmes nationaux attendent docilement dans le corridor.

J’ai également rappelé dans Trump, pantin du Kremlin? L’absurde fable qu’on s’obstine à ressasser que toute remise en question de la politique occidentale ne transforme pas automatiquement son auteur en auxiliaire de Moscou.

Dans La paix recule, les empires avancent, j’insistais sur une réalité moins confortable : la guerre en Ukraine ne peut pas être comprise uniquement comme un conte moral opposant les gentils aux méchants. Elle s’inscrit dans une lutte de puissance, d’influence, de territoires et de capacités industrielles.

Puis, dans Ukraine : le chèque canadien, l’autel moral et la facture oubliée, je posais les questions qu’Ottawa évite encore : combien, jusqu’à quand, avec quels contrôles et au nom de quel consentement démocratique?

Même lorsque j’ai défendu le réarmement occidental dans À Ankara, l’OTAN découvre que la paix ne se finance pas avec des slogans, la distinction demeurait simple : renforcer notre propre capacité militaire n’équivaut pas à financer indéfiniment un gouvernement étranger sans objectifs publiquement mesurables.

Enfin, Ukraine : Ottawa signe les chèques pendant que Kyiv collectionne les scandales rappelait que les enquêtes anticorruption continuent de se rapprocher du pouvoir ukrainien. Condamner l’invasion russe ne transforme pas Kyiv en Suisse orientale avec des drones.

Notre armée manque encore de monde

L’ironie devient plus savoureuse lorsqu’on regarde chez nous. Au 31 juillet 2026, la Force régulière comptait 68 473 militaires, soit 3 027 de moins que son effectif autorisé. Une évaluation interne de la Défense reconnaît que les pénuries de personnel et le manque d’équipement fonctionnel augmentent la charge de travail et contribuent à l’épuisement des militaires disponibles.

Le Canada veut donc participer à la défense aérienne de l’Ukraine, sécuriser son énergie, reconstruire ses infrastructures, développer ses drones et soutenir sa future adhésion à l’OTAN pendant qu’il tente encore de reconstituer ses propres forces.

Ce n’est plus une politique étrangère. C’est un complexe du sauveur doté d’un pouvoir d’emprunt.

La guerre comme abonnement gouvernemental

Répétons-le pour ceux qui aperçoivent Vladimir Poutine derrière chaque calculatrice : la Russie est l’agresseur. Son régime est autoritaire, impérial et meurtrier. Les Ukrainiens ont pleinement le droit de défendre leur territoire.

Mais cette évidence ne répond à aucune question canadienne. Quels résultats recherchons-nous? Quel montant maximal sommes-nous disposés à engager? Quels contrôles accompagnent les garanties et les investissements? Quelles conditions entraîneraient une réduction ou une cessation de l’aide?

La réponse de Carney semble toujours être : oui.

Le Canada aurait pu proposer une coopération révisée régulièrement par le Parlement, assortie d’audits publics, d’objectifs précis et d’une stratégie de sortie. Mais ce serait administrer une politique étrangère. Ottawa préfère célébrer une vocation.

Carney et Zelensky ont donc prolongé le spectacle pour cent nouvelles saisons. Les gouvernements passeront, les communiqués s’empileront et des contribuables qui ne sont pas encore nés viennent symboliquement de recevoir leur première obligation géopolitique.

Le cirque ukrainien possède désormais sa convention de renouvellement automatique.

Et comme toujours, le Canada fournit le chapiteau, les figurants et la caisse.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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