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Les défroqués, de braillards à opportunistes

Depuis l’élection de Pierre Poilievre à la chefferie du Parti conservateur du Canada en 2022, plusieurs anciens collaborateurs cherchent à miner l’autorité du chef conservateur. Leur seule légitimité ne tient qu’à une chose : ils se disent tous « conservateurs ». Or, il est raisonnable de douter de la confiance que l’ancien premier ministre leur accorde à ce jour. Il importe de savoir qui ils sont et ce qui les motive vraiment au-delà de leur discours.

Qui sont-ils ?

Ces défroqués ont des noms. Ils s’appellent Jason Kenney, Kory Teneycke, Doug Ford, Dimitri Soudas, Tasha Kheiridin ou encore Nick Kouvalis. Ils se disent « conservateurs », mais font tout pour miner le leadership conservateur. Chaque fois qu’ils en ont l’occasion, ils se présentent sur des panels médiatiques afin de cracher sur Pierre Poilievre. Ils le font tous en utilisant le prétexte de « l’unité canadienne ». Il s’agit aussi principalement d’anciens ministres ou conseillers conservateurs.

En revanche, leur moment de gloire n’arrive pas au même moment. Dimitri Soudas vomit sur le chef conservateur fédéral depuis son élection en 2022, tout comme Tasha Kheiridin. D’autres ont attendu le ralliement de Doug Ford à Mark Carney lors des élections fédérales de 2025. Parmi ceux-ci, il est possible de retrouver Kory Teneycke, ancien conseiller de Doug Ford, ou encore Nick Kouvalis. Pour d’autres, c’est surtout le référendum en Alberta qui les a fait passer dans le camp des défroqués, comme Jason Kenney.

Pourquoi le font-ils ?

Les défroqués ont diverses raisons d’essayer de miner le leadership conservateur. Dans le cas de Dimitri Soudas et de Tasha Kheiridin, ils le font principalement par rancune envers Pierre Poilievre depuis la défaite de Jean Charest en 2022. En effet, Soudas et Kheiridin avaient soutenu ce dernier sans aucune réserve. Ils le font aussi parce qu’ils sont frustrés que les Red Tories ne gouvernent pas le parti. Ainsi, ils verraient le départ de Pierre Poilievre comme une sorte de revanche sur celui qu’ils considèrent comme le responsable de l’échec de leurs combats d’antan. Soudas est d’ailleurs très hypocrite. Lors d’une entrevue accordée au média indépendant Juno News, il disait que les conservateurs devaient cesser de se battre entre eux. Ironiquement, c’est pourtant lui qui y a participé en cherchant à miner l’autorité de Pierre Poilievre.

Kory Teneycke, quant à lui, semble le faire aussi pour des raisons personnelles, mais pas seulement. Il obéit principalement à son empereur, Doug Ford, envers lequel il professe une loyauté sans aucune limite. Il va même jusqu’à utiliser les mêmes méthodes que son ancien employeur : les attaques personnelles. En effet, lors d’un panel « conservateur » le 19 août 2026, M. Teneycke a accablé Pierre Poilievre d’insultes, le qualifiant notamment de « trou du cul à temps plein », de « bon à rien à part faire de la politique » et de bien d’autres choses, sous l’approbation des autres intervenants. Peut-être espère-t-il, un jour, voir son ancien maître devenir le chef du Parti conservateur. Il en va de même pour Nick Kouvalis.

Les motivations de Doug Ford sont, quant à elles, purement politiques. Il a justifié sa demande de ne pas soutenir les conservateurs fédéraux lors des élections de 2025 en prétextant « l’unité canadienne » et aussi que « Pierre Poilievre n’avait pas soutenu son parti lors des élections provinciales s’étant déroulées la même année ». Cette raison est non seulement fausse, mais complètement absurde. Si cette raison était véridique, comment peut-il expliquer que des ministres de son propre cabinet aient ouvertement soutenu Pierre Poilievre lors des élections fédérales de 2025 ? Parmi ces ministres ayant soutenu le chef conservateur se trouvait Caroline Mulroney. Il ne faut pas se leurrer sur un point. Ford ne s’oppose pas à Donald Trump par idéologie ou dans le but de défendre les intérêts de l’Ontario. Il avait même ouvertement proclamé son admiration pour lui, puis avait fait campagne en 2018 dans le même style. Il reprochait aussi à Poilievre de ne pas avoir choisi Kory Teneycke comme directeur de campagne. Certaines rumeurs indiquent qu’il souhaiterait même prendre la place de Pierre Poilievre.

Jason Kenney, quant à lui, ne tente pas de contester l’autorité politique de Pierre Poilievre pour des raisons politiques. Il ne semble pas y avoir d’appétit pour un retour en politique. Il serait possible de penser que ses motivations sont davantage d’ordre personnel. En effet, il ne faut pas oublier que Jason Kenney fut premier ministre de l’Alberta jusqu’à ce qu’un résultat au vote de confiance des membres de son parti, inférieur à ses attentes, le pousse à la démission. Il semble très aigri envers sa successeure, Danielle Smith, qui soutient ouvertement Pierre Poilievre. Il avait reproché à Danielle Smith de ne pas avoir banni l’alcool américain en Alberta et de ne pas avoir envisagé de couper les exportations de pétrole et de gaz comme moyen de pression envers les Américains. Il importe aussi d’ajouter que Kenney avait reproché à Pierre Poilievre, en février 2026, de ne pas avoir assez parlé de Trump dans ses discours.

Leur vision d’un Parti conservateur et leurs impacts

Chacun a une vision à la fois convergente et divergente. Teneycke, comme Kouvalis, par exemple, souhaite un Parti conservateur du Canada davantage centré sur Doug Ford, ce qui ferait peut-être plaisir à celui-ci. Pour ce qui est de Dimitri Soudas, Tasha Kheiridin et Jason Kenney, il est davantage question d’en faire un Parti libéral 2.0. Dans les deux cas, ils veulent vider le Parti conservateur du Canada de toute substance conservatrice. Ils souhaitent voir un Parti conservateur du Canada soumis au Parti libéral. On peut se demander s’ils se souviennent encore de ce qu’est le conservatisme. Peut-être que ce qu’ils entendent par « conservatisme » est la conservation du pouvoir. Ils voudraient revenir à une ère idéalisée du grand parti Red Tory, avant la scission de 1987 et la fondation du Parti réformiste.

S’ils parvenaient à leurs fins, ce serait la fin de l’union du mouvement conservateur. Le Parti conservateur cesserait d’exister et une nouvelle scission se produirait. Ainsi, les mêmes événements que dans les années 1990 pourraient se reproduire, alors que la division du vote conservateur favorisait les libéraux. Cela ne ferait que mener à une scission semblable à celle qui a eu lieu entre les progressistes-conservateurs et les réformistes, puis les alliancistes. En ce sens, le mouvement conservateur, par sa division, serait condamné aux limbes.

Conclusion

Les défroqués cherchent à miner l’autorité de Pierre Poilievre pour différentes raisons, que ce soit la soif de pouvoir, la rancune ou encore l’opportunisme. Cette rancune peut être personnelle ou politique. Cependant, ils n’ont cure des répercussions que leurs actions auraient sur le mouvement conservateur s’ils obtenaient ce qu’ils voulaient. Il faut donc se demander s’ils sont vraiment conservateurs ou s’ils sont simplement devenus opportunistes. Veulent-ils vraiment le bien du Parti conservateur ou sa complète destruction ?

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Nicolas Drolet
Nicolas Drolet
Nicolas est politologue de formation, étant détenteur d’un baccalauréat en Science politique à l’Université Laval. Il est actuellement étudiant au baccalauréat en Communication publique à la même université. Il s’intéresse à la politique fédérale et à la communication politique.

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