Monsieur Bock-Côté,
Votre chronique du 22 septembre 2026 dans le Journal de Québec me laisse perplexe.
D’abord, Éric Duhaime a été très clair sur les nouveaux critères d’admissibilité qu’il souhaite instaurer en matière d’immigration, notamment en tenant compte de la culture démocratique des pays d’origine et de certaines valeurs sociales. Vous reconnaissez d’ailleurs vous-même cette proposition et vous l’applaudissez.
Vous lui reprochez ensuite son silence sur les seuils d’immigration. Pourtant, son programme prévoit notamment de réduire de 20 000 à 10 000 la cible concernant les réfugiés et le regroupement familial. Certes, il ne fixe pas de seuil global, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il ne propose aucune réduction.
Quant à votre argument sur les compétences fédérales, il est parfaitement légitime de soulever les limites constitutionnelles auxquelles se heurte le Québec. Mais Duhaime réclame justement le rapatriement des pouvoirs en matière d’immigration. Est-ce réalisable sans l’indépendance? Voilà une question qui mérite un véritable débat.
À vous lire, j’ai surtout l’impression que le véritable point de rupture entre vous et Duhaime demeure son refus, du moins pour le moment, de l’indépendance du Québec.
Vous êtes pourtant deux hommes dont plusieurs positions sur l’immigration se rejoignent. Est-il nécessaire de partager votre conviction indépendantiste pour que des propositions conservatrices soient prises au sérieux?
Enfin, le qualifier de « grand parleur, petit faiseur » me semble particulièrement prématuré. Encore faut-il avoir eu accès au pouvoir pour pouvoir agir. On peut certainement questionner la faisabilité de ses engagements, mais lui reprocher de ne pas avoir réalisé des mesures qu’il n’a jamais eu l’occasion de mettre en œuvre relève d’un tout autre exercice.
Et pourquoi ramener son passé radiophonique dans cette discussion? Cela ne nous apprend absolument rien sur la faisabilité de ses propositions actuelles.
Je ne prétends pas qu’Éric Duhaime a réponse à tout. On peut contester son fédéralisme, critiquer certaines de ses propositions ou douter de leur faisabilité sans pour autant les réduire à de simples effets de manche.
À mon sens, votre chronique aurait gagné à distinguer davantage vos désaccords sur les moyens d’agir de votre divergence fondamentale quant à l’avenir politique du Québec.
Stéphan Lemieux

