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Pour un résident du Québec, suivre tous les matchs des Canadiens de Montréal en 2026-2027 n’est plus une affaire de deux chaînes Pour un résident du Québec, suivre tous les matchs du Canadien de Montréal en 2026-2027 n’est plus une affaire de deux chaînes traditionnelles. La nouvelle saison compte 84 matchs, soit deux de plus que la saison précédente, tandis que Rogers détient les droits nationaux canadiens de la LNH pour les 12 prochaines années.

Pour les partisans du Canadien, toutefois, ces droits sont désormais répartis entre plusieurs diffuseurs et plateformes. Et pour celui qui ne veut manquer aucun match, la facture comme la logistique commencent à se compliquer.

84 matchs, trois services

En français, la répartition est la suivante :

  • RDS : 45 matchs
  • TVA Sports : 32 matchs
  • Amazon Prime Video : 7 matchs

En anglais :

  • TSN : 50 matchs
  • Sportsnet : 27 matchs
  • Amazon Prime Video : 7 matchs

Les chiffres sont donc simples : 84 matchs, mais trois diffuseurs dans chacune des deux langues.

RDS et TSN conservent les droits régionaux, avec respectivement 45 et 50 matchs, tandis que TVA Sports et Sportsnet présentent les rencontres comprises dans les ententes nationales. Amazon Prime Video ajoute pour sa part sept matchs nationaux, accessibles en français comme en anglais.

Pour quelqu’un qui souhaite suivre l’intégralité de la saison du Canadien, il faut donc combiner plusieurs services :

  • En français : RDS + TVA Sports + Prime Video
  • En anglais : TSN + Sportsnet + Prime Video
  • Pour un téléspectateur bilingue : TSN + TVA Sports + Prime Video constitue également une possibilité

Autrement dit, le partisan qui souhaite ne manquer aucun match doit désormais naviguer entre trois abonnements différents pour suivre une seule équipe.

Et en séries éliminatoires?

La situation change légèrement lorsque commencent les séries.

TVA Sports demeure incontournable en français

TVA Sports conserve les droits francophones des matchs du Canadien en séries éliminatoires.

Québecor a obtenu les droits francophones nationaux de la LNH pour 12 ans et détiendra notamment les droits de tous les matchs du Canadien en séries, en français.

L’entente comprend également six des huit séries de première ronde, trois des quatre séries de deuxième ronde, ainsi que les finales d’association et la finale de la Coupe Stanley.

Prime Video entre aussi dans le portrait

Prime Video diffusera chaque année deux séries de première ronde et une série de deuxième ronde, en français comme en anglais.

Cela ne signifie toutefois pas que ces séries impliqueront nécessairement le Canadien.

La sélection se fera selon un mécanisme établi entre Sportsnet et Prime Video. En première ronde, Prime obtient les quatrième et cinquième choix parmi les huit séries. En deuxième ronde, la plateforme obtient le troisième choix parmi les quatre séries.

Sportsnet conserve la majorité des séries en anglais

Rogers conserve les droits nationaux de la LNH et Sportsnet demeure le principal diffuseur anglophone, à l’exception des séries sous-licenciées à Prime Video.

Pour le partisan francophone du Canadien, les séries demeurent donc relativement simples : TVA Sports pour les matchs du Canadien. Prime Video pourrait cependant diffuser une autre série éliminatoire le même soir.

Quand le hockey devient un produit d’abonnement

C’est probablement ici que le changement est le plus significatif.

Pendant des décennies, une partie importante du hockey de la LNH était accessible gratuitement à la télévision conventionnelle. Cette époque prend fin avec la saison 2026-2027 : l’entente entre Rogers et CBC n’a pas été renouvelée et Hockey Night in Canada n’est plus diffusé sur CBC ou Citytv.

Il n’y a donc plus de diffusion gratuite en clair des matchs de la LNH au Canada.

Le hockey a longtemps été un produit culturel relativement facile d’accès. Il suffisait d’allumer la télévision un samedi soir pour tomber sur une partie, sans avoir à se demander si l’on possédait le bon abonnement ou si le match était disponible sur la bonne plateforme.

Désormais, le hockey devient davantage un produit d’abonnement.

Pour le partisan fidèle, cela signifie jongler avec plusieurs services. Pour le partisan occasionnel ou simplement pour quelqu’un qui découvre le hockey la multiplication des portes d’entrée peut devenir une barrière supplémentaire.

Il est évidemment difficile de mesurer à l’avance l’effet exact de cette transformation sur la popularité du hockey. Mais il existe une différence fondamentale entre chercher volontairement un match et tomber sur celui-ci simplement en ouvrant la télévision.

Pendant plusieurs décennies, la télévision conventionnelle a contribué à rendre le hockey visible auprès d’un très large public. La disparition progressive de cette accessibilité constitue donc un changement culturel autant que commercial.

Un marché francophone sous pression

Rogers a accepté de verser environ 11 milliards de dollars canadiens sur 12 ans pour obtenir les droits nationaux de la LNH au Canada, jusqu’à la saison 2037-2038.

Une partie de ces droits est ensuite sous-licenciée à différents diffuseurs, notamment pour le marché francophone.

Or, le marché francophone canadien demeure beaucoup plus petit que le marché anglophone. Au Québec, les diffuseurs doivent donc rentabiliser des droits sportifs extrêmement coûteux auprès d’un bassin de consommateurs plus restreint.

Le cas de RDS est révélateur : son nombre de matchs du Canadien passe de 60 à 45, malgré l’augmentation du calendrier à 84 rencontres. TVA Sports récupère de son côté davantage de matchs, passant à 32.

Il ne s’agit donc pas simplement d’une diminution de l’offre, mais plutôt d’une transformation du modèle économique de la diffusion sportive.

RDS et TVA Sports doivent rentabiliser des contenus dont les droits coûtent de plus en plus cher, alors même que les habitudes de consommation évoluent rapidement.

Il serait prématuré d’affirmer que ces chaînes sont condamnées à disparaître. Leur modèle économique devient néanmoins plus difficile à maintenir lorsque le prix des droits augmente tandis que le public se fragmente entre télévision traditionnelle, plateformes numériques et services de diffusion en continu.

Le piratage : pas seulement une question de morale

Il est facile de réduire le piratage à une simple question de comportement individuel : quelqu’un refuse de payer et cherche donc une solution illégale.

La réalité est plus complexe.

Lorsqu’un consommateur doit multiplier les abonnements pour accéder à un même produit culturel, le prix et la complexité du système deviennent eux-mêmes des facteurs dans sa décision.

Ce phénomène est documenté dans le domaine de la diffusion sportive. Une étude européenne récente souligne notamment que les consommateurs considèrent le coût et la fragmentation des offres légales comme des facteurs importants dans le recours aux sources illégales.

Dans une enquête menée en France en 2023, 57 % des personnes déclarant utiliser des sources illicites pour regarder du sport en direct citaient le coût et la fragmentation des offres parmi les principales raisons.

Une étude publiée dans le Dalhousie Journal of Legal Studies arrive également à la conclusion que la multiplication des plateformes de diffusion sportive crée des problèmes d’accessibilité et d’abordabilité susceptibles de contribuer à la progression du streaming illégal.

Il faut toutefois éviter d’établir une causalité automatique. Ces études ne permettent pas d’affirmer que la fragmentation des droits entraînera nécessairement une explosion du piratage chez les amateurs de hockey québécois.

Mais le mécanisme est plausible.

Au Québec, le hockey occupe une place suffisamment importante pour que certains amateurs ne renoncent pas nécessairement à regarder leur équipe lorsque l’accès légal devient trop coûteux ou trop compliqué. Certains pourraient plutôt chercher à contourner les différentes barrières d’accès.

Et, dans ce scénario, les détenteurs des droits ne seraient pas les seuls perdants.

Les diffuseurs traditionnels pourraient également voir leur auditoire diminuer, réduisant du même coup la valeur de leurs espaces publicitaires.

On pourrait alors assister à une spirale :

droits plus coûteux → abonnements plus nombreux → certains consommateurs abandonnent → auditoire plus fragmenté → baisse de la valeur publicitaire → pression accrue sur les diffuseurs → diminution du contenu offert sur les chaînes traditionnelles.

Ce scénario n’a évidemment rien d’inévitable. Mais c’est précisément ce qui rend la fragmentation actuelle des droits particulièrement intéressante à observer.

À long terme : un hockey consommé à la carte?

Le désabonnement sélectif

Le consommateur pourrait progressivement choisir ses abonnements en fonction de ses habitudes plutôt que tenter de tout conserver.

Un partisan pourrait, par exemple, garder TVA Sports parce qu’il souhaite suivre les matchs du samedi et les séries, abandonner RDS certaines années et décider que les sept matchs offerts sur Prime Video ne justifient pas un abonnement supplémentaire.

Le problème, pour les équipes comme pour les diffuseurs, est que l’amateur risque alors de perdre une partie de la relation continue qu’il entretenait avec son équipe.

Au lieu de regarder régulièrement le Canadien, il pourrait simplement sélectionner les rencontres qui l’intéressent davantage.

Une pression supplémentaire sur les chaînes québécoises

L’arrivée durable d’Amazon dans le paysage de la LNH représente également un changement important.

Prime Video détient maintenant les droits du mercredi soir pour les 12 prochaines années. Si cette plateforme continue de prendre de l’importance dans la consommation du hockey, RDS et TVA Sports devront évoluer dans un marché où une partie du contenu premium est désormais offerte directement par une gigantesque plateforme technologique mondiale.

Cette évolution pourrait éventuellement pousser les chaînes sportives traditionnelles à présenter moins de matchs en direct, mais davantage de contenu complémentaire, d’analyses et d’offres numériques.

Encore une fois, il s’agit d’une possibilité, et non d’une évolution garantie.

Le câble pour les uns, les plateformes pour les autres

La fragmentation pourrait également accentuer une tendance générationnelle déjà observable dans les médias.

Une partie du public plus âgé demeure habituée à la télévision traditionnelle et aux forfaits de câblodistribution. Les plus jeunes sont généralement plus à l’aise avec le passage d’une plateforme à une autre et avec la consommation de contenu en continu.

Cela ne signifie pas qu’ils abandonneront le hockey.

Ils pourraient simplement le consommer différemment : sur une plateforme de streaming, à la demande, principalement durant les séries éliminatoires ou seulement lors des grandes rencontres.

Le risque n’est donc pas nécessairement de perdre une génération entière de partisans, mais plutôt de transformer le hockey en un produit que l’on consomme à la carte, plutôt qu’en une habitude hebdomadaire.

Un abonnement, une équipe, tous les matchs

La solution la plus évidente serait probablement la création d’un passeport unique de la LNH, ou même d’un abonnement permettant de suivre une seule équipe.

Le principe serait simple : le consommateur paie un forfait pour la saison et obtient tous les matchs de son équipe sur une seule plateforme.

On peut faire un parallèle avec les débuts de Netflix.

À une certaine époque, l’une des grandes forces du service était précisément de rassembler une quantité considérable de films et de séries au même endroit. Pour plusieurs utilisateurs, cette simplicité contribuait même à rendre le piratage moins intéressant.

Puis le marché s’est fragmenté.

Netflix a perdu une partie de son catalogue au profit de Disney+, Prime Video, Crave, Apple TV+, Paramount+ et d’autres services. Pour suivre toutes les productions qui nous intéressent, il faut désormais multiplier les abonnements.

Le même phénomène pourrait maintenant se produire avec le sport.

Plus le contenu sportif est dispersé entre différentes plateformes, plus le consommateur doit choisir entre payer plusieurs abonnements, regarder moins de matchs ou chercher des moyens non autorisés d’y accéder.

Un passeport unique ne réglerait évidemment pas tous les problèmes économiques liés aux droits de diffusion. Il faudrait toujours financer les droits de la LNH, rémunérer les diffuseurs et permettre aux détenteurs des droits de rentabiliser leurs investissements.

Mais, du point de vue du consommateur, la proposition serait infiniment plus simple :

un abonnement, une équipe, tous les matchs.

Et dans un univers médiatique où l’offre ne cesse de se fragmenter, cette simplicité pourrait bien devenir l’un des produits les plus précieux de tous.

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F.R.P. Landry
F.R.P. Landryhttps://a.co/d/01ujQr8z
FRP Landry, enseignant de formation et diplômé de l’UQAM, travaille dans le domaine de la paie canadienne depuis 2005. En dehors de son expertise professionnelle, il nourrit un vif intérêt pour l’histoire, la politique, les finances personnelles et l'humour.

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