Hélas pour Jacqueline et Pierrette, le téléroman devra attendre. Les travaux parlementaires ne commenceront que le 1er décembre, tout juste avant que Jean-Paul et Tancrède installent leurs lumières de Noël. Eux, au moins, auront quelque chose à montrer quand ils auront fini de s’obstiner.
Au Québec, Victor Newman aurait son micro dans le corridor de l’Assemblée nationale. Il aurait trahi son caucus lundi, exigé des excuses mardi et nié mercredi avoir jamais connu le député avec qui on l’a vu souper. Jeudi, les chroniqueurs se demanderaient s’il peut encore gouverner. Vendredi, Victor nous inviterait à parler des vraies affaires. On couperait pour la pub juste avant qu’il nous dise lesquelles.
Dans leur salon, les vieilles dames branchées sur RDI ou sur LCN, la chaîne d’info de TVA, sauraient très bien de quoi il retourne. Des traîtres qu’on croyait morts et qui reviennent tout sourire la saison suivante, elles en ont vu d’autres. On peut bien les prendre de haut. Quand elles changent de poste, les gens qui les prennent de haut appellent ça une baisse des cotes d’écoute.
La suite après la pause
Une querelle de caucus se raconte en trente secondes. Pour comprendre pourquoi un programme coûte deux fois ce qu’on avait annoncé, il faut ouvrir un budget, retrouver la promesse originale et vérifier si on compare les mêmes dépenses. Bonne chance pour faire tenir ça dans le bandeau rouge. Qu’un ministre refuse de serrer la main d’un collègue, par contre, et on repasse la séquence quatre fois. Deux anciens stratèges viendront nous expliquer tout ce qu’on peut déduire d’une poignée de main qui n’a pas eu lieu.
Le public qui donne le tempo, c’est celui qui a le temps ou qui le prend. Il regarde le bulletin, clique sur la chronique, appelle à la radio et retourne voir qui a répondu à son commentaire. Recouper trois sources, écrire un article et peser le pour et le contre prennent aussi du temps. Il faut parfois, en prime, admettre qu’on s’est trompé. Quelle drôle d’idée, quand on peut se faire servir la même certitude par trois chroniqueurs et appeler ça une revue de presse. J’y mords aussi. Quand un titre promet d’écorcher quelqu’un qui m’énerve, mon pouce a parfois une longueur d’avance sur mon jugement.
L’idiot du village a trouvé les villages voisins
Comme rédacteur en chef, je vois régulièrement débarquer sous un article des gens qui, au bout de neuf mots, ignorent encore le sujet mais connaissent déjà le coupable. L’auteur est un vendu, un imbécile ou un dangereux idéologue. Demandez-leur quel passage les a fait sursauter. Avec un peu de chance, ils vous citeront le titre. Avec beaucoup de chance, ce sera le bon.
Facebook a réglé le problème de l’idiot du village qui se sentait seul. Il lui a trouvé les idiots des villages voisins. Un type traite le chroniqueur de cave, un deuxième exige son congédiement et un troisième se désole du niveau du débat. Demandez à la bande de quoi parlait le texte et le silence durera jusqu’à la prochaine insulte.
Regardez maintenant une gang de gars ivres de leur propre testostérone pendant une finale de la Coupe Stanley. La même mise en échec mérite deux minutes de pénalité ou les félicitations du vestiaire, selon la couleur du chandail. En politique, on a perfectionné le procédé. Quand le député d’en face change d’avis, c’est une girouette. Quand le nôtre fait pareil, il a enfin su écouter la population.
Qui tient la fenêtre?
La fenêtre d’Overton, c’est l’éventail des idées qu’on peut défendre en public sans se faire sortir du débat avant d’avoir fini sa phrase. Elle bouge au rythme de ceux qui applaudissent, qui huent et surtout qui reviennent le lendemain. L’élu imagine le titre qu’on collera à sa déclaration. Le chroniqueur devine quel bout de sa phrase va circuler tout seul sur Facebook. Et l’auditoire le plus assidu finit par passer pour le Québec au complet. On écarte d’avance des idées qu’il faudrait deux minutes pour expliquer, par crainte des dix secondes qu’on fera circuler.
Jacqueline, Pierrette et les gars qui crient après l’arbitre ont au moins compris une chose. Pour peser sur le spectacle, il faut se donner la peine d’être là. On leur laisse la télécommande, puis on se demande pourquoi ça joue toujours à la même chaîne.
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Samuel Rasmussen, connu sous le pseudonyme @LeBlondModere sur X, est rédacteur en chef de Pilule Rouge, cofondateur du balado Les Trois Afueras et collaborateur du podcast Le Bastion (anciennement Ian & Frank).
Titulaire d’une degré en politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, il nourrit un intérêt marqué pour la géopolitique, les relations internationales, l’économie politique, les rapports de force et les différentes manifestations du pouvoir.
Libéral classique, libertarien et indépendantiste québécois, il défend une conception de la société fondée sur la liberté individuelle, la responsabilité personnelle, la propriété privée et la limitation du pouvoir de l’État. Nourrie notamment par les travaux de Friedrich Hayek, de Frédéric Bastiat et des penseurs de la tradition libérale, sa réflexion s'articule autour des rapports entre l'individu, les institutions et le pouvoir politique.
À travers ses chroniques, il s’attaque aux contradictions du modèle québécois, aux dérives de l’interventionnisme et aux idées reçues qui traversent le débat public. Son approche conjugue analyse politique, profondeur historique, esprit critique et une irrévérence assumée, avec une conviction fondamentale : aucune autorité ne devrait être soustraite à l’examen critique, surtout lorsqu’elle prétend agir pour notre bien.