La libéralisation économique à Cuba franchit une nouvelle étape. À la fin de juillet 2026, le gouvernement de Miguel Díaz-Canel a multiplié les annonces destinées à donner davantage d’espace aux entreprises privées, aux investisseurs étrangers et à la diaspora cubaine.Le régime prend toutefois soin de présenter ces changements comme une simple « actualisation » du socialisme, et non comme l’abandon du modèle révolutionnaire.
Les mesures les plus récentes touchent des secteurs longtemps réservés à l’État. Les entreprises privées pourront importer et revendre certains médicaments et produits, tandis que des pharmacies privées et des établissements privés pour personnes âgées pourront désormais exercer légalement. Le gouvernement a également facilité l’importation de véhicules électriques, devenus particulièrement utiles dans un pays où le transport collectif et l’approvisionnement en essence sont gravement perturbés. Au total, La Havane a supprimé 46 des 125 interdictions imposées au secteur privé et en a assoupli 35 autres.
L’énergie, l’agriculture et le tourisme s’entrouvrent
Le secteur énergétique, l’un des plus stratégiques de l’île, commence lui aussi à s’ouvrir. Près de 200 entreprises cubaines auraient obtenu l’autorisation de participer à la distribution en gros de carburant, alors qu’une première entreprise à capitaux étrangers a été autorisée à importer et vendre du combustible. Les restrictions entourant l’extraction pétrolière et la participation de sociétés étrangères doivent également être allégées.
Une nouvelle loi agricole doit simplifier l’octroi de droits d’usage sur les terres appartenant à l’État. Ces droits pourraient être accordés à des producteurs privés cubains, à des entreprises et à des investisseurs étrangers. La réforme est loin d’équivaloir à une véritable privatisation, puisque l’État demeure propriétaire d’environ 80 % des terres de l’île. Elle reconnaît néanmoins implicitement que la centralisation n’a pas réussi à assurer une production alimentaire suffisante.
Le tourisme, autrefois l’une des principales sources de devises de Cuba, fait aussi l’objet de dix mesures d’assouplissement. Des entreprises privées pourront exploiter des services touristiques, des locations de voitures et des projets d’écotourisme. La décision survient alors que près des trois quarts des hôtels cubains seraient actuellement fermés et que plusieurs groupes étrangers ont réduit ou abandonné leurs activités.
La libéralisation économique à Cuba reste limitée
Ces changements s’inscrivent dans un programme de 176 réformes approuvé en juin par l’Assemblée nationale. Le plan ouvre notamment la porte à des banques privées ou à des institutions financières non bancaires, à la transformation de certaines entreprises publiques en sociétés pouvant accueillir des actionnaires, à la possession de plusieurs entreprises par un même entrepreneur et à l’abolition de la limite de 100 employés imposée aux sociétés privées.
Les entreprises, y compris les PME, pourraient aussi importer et exporter directement, sans devoir passer systématiquement par un intermédiaire public. Les municipalités gagneraient une certaine autonomie pour autoriser des projets, gérer des revenus en devises et conclure des ententes avec des acteurs privés ou publics.
Autre changement significatif : les Cubains vivant à l’étranger peuvent désormais investir dans des entreprises privées de l’île et s’associer à des entrepreneurs locaux. Cette possibilité était auparavant largement réservée aux partenariats avec l’État. La diaspora pourra également participer à la création de banques d’investissement, d’institutions financières non bancaires et de fonds destinés à financer des projets cubains.
Pourquoi maintenant?
Le gouvernement attribue principalement la crise actuelle au durcissement des sanctions américaines et au blocus pétrolier imposé par Washington. Ces facteurs aggravent indéniablement les pénuries de carburant, compliquent les transactions bancaires et découragent plusieurs investisseurs étrangers. Mais ils n’expliquent pas, à eux seuls, l’inefficacité chronique des entreprises publiques, la lourdeur administrative, l’absence de prix fiables et la faiblesse de la production intérieure.
Le fait que le premier ministre Manuel Marrero reconnaisse désormais le marché comme un instrument permettant une allocation plus efficace des ressources constitue en soi un changement idéologique majeur. Pendant des décennies, l’État cubain a tenté de remplacer les signaux du marché par des plans, des quotas, des autorisations et des monopoles. Aujourd’hui, confronté aux résultats, il redécouvre prudemment ce que les entrepreneurs savent depuis toujours : sans liberté d’échanger, d’investir, d’embaucher et de conserver les fruits de son travail, la production finit par s’effondrer.
Une ouverture réelle, mais encore réversible
Il serait toutefois prématuré de parler d’un virage capitaliste. La santé, la science, la culture, les médias, le tabac et plusieurs services jugés stratégiques demeurent sous contrôle étatique. Díaz-Canel a d’ailleurs promis qu’il n’y aurait ni « capitalisme prédateur » ni privatisation massive des actifs nationaux.
L’histoire cubaine invite également à la prudence. Plusieurs réformes annoncées dans le passé ont été retardées, limitées ou partiellement annulées lorsque le secteur privé devenait trop autonome. Même dans les rues de La Havane, des citoyens accueillent les annonces avec scepticisme et attendent de voir si elles seront réellement appliquées.
Ces libéralisations sont donc à la fois importantes et insuffisantes. Elles peuvent soulager certaines pénuries, créer des emplois et attirer des capitaux, mais leur succès dépendra moins des discours que de leur application concrète. Cuba ne manque pas d’entrepreneurs, de travailleurs ou de liens avec sa diaspora. Ce qui lui manque encore, c’est un cadre durable où la propriété, les contrats et l’initiative privée ne dépendent pas constamment de la permission politique.
Le régime entrouvre aujourd’hui une porte qu’il a lui-même gardée fermée pendant plus de six décennies. Reste à savoir s’il acceptera réellement de laisser les Cubains la franchir.
La libéralisation économique à Cuba constitue donc une ouverture réelle, mais encore fragile et réversible.
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