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La promesse du PCQ n’a « aucun sens », dénonce Christine Fréchette…. Vraiment ?

Le PCQ veut couper 47 milliards de dollars dans l’État. Dit comme ça, évidemment, ça frappe. Quarante-sept milliards…

On imagine immédiatement des hôpitaux sans infirmières, des écoles sans enseignants, des comptoirs de services fermés, des fonctionnaires congédiés par dizaines de milliers et un État québécois amputé à la tronçonneuse.

AFUERA!

Depuis que le Parti conservateur du Québec a présenté son plan, le vocabulaire utilisé dans l’espace public est d’ailleurs assez révélateur : on parle de « démantèlement », de compressions qui toucheraient « inévitablement » les services, comme si la conclusion était déjà contenue dans le chiffre lui-même. Mais avant de décider si l’idée est bonne ou mauvaise, il faudrait peut-être faire quelque chose d’assez banal : lire le plan. Et surtout, regarder les chiffres.

Je précise immédiatement quelque chose parce que je connais la facilité avec laquelle ce genre de texte peut être récupéré politiquement : ce n’est pas une invitation à voter pour le PCQ. Ce n’est même pas un texte sur Éric Duhaime. On peut aimer le PCQ, le détester, voter pour lui, voter contre lui ou considérer certaines de ses propositions complètement farfelues. Cela ne change absolument rien à la question qui m’intéresse ici.

Est-il réellement impossible, dans un État de la taille du Québec, de réduire la trajectoire des dépenses publiques de 47 milliards de dollars cumulés sur cinq ans sans retirer l’équivalent de 47 milliards de services aux citoyens?

Après avoir fouillé la question, la réponse la plus rigoureuse que je puisse donner est non. Non seulement ce n’est pas « impossible », mais une bonne partie de la littérature internationale sur la gestion des finances publiques repose précisément sur l’idée contraire : une dépense publique est un intrant. Un service public est un résultat. Les deux ne sont pas synonymes. Et cette distinction, aussi élémentaire soit-elle, change complètement le débat. Et je crois que Christine Fréchette devrait prendre la peine de me lire jusqu’au bout.

Commençons par le fameux 47 milliards

Première chose étonnante : contrairement à l’impression laissée par certaines réactions et publications sur Facebook, le PCQ ne propose pas de retirer 47 milliards de dollars du budget annuel du Québec, encore moins de congédier pour 47 milliards de dollars de fonctionnaires. Son document prévoit plutôt 47 milliards d’économies cumulées sur cinq exercices budgétaires. Le parti les répartit essentiellement en trois blocs : environ 20 milliards provenant de la réduction des subventions, aides et crédits fiscaux aux entreprises, 23,5 milliards provenant du contrôle et de la révision des dépenses publiques, puis environ 3,5 milliards attribués à la modernisation numérique de l’État. Dans le volet administratif, le PCQ propose aussi un gel des embauches, une réduction graduelle des effectifs principalement par attrition, une révision des programmes et une limitation de la croissance des dépenses.

C’est important, parce que 20 des 47 milliards ne correspondent même pas à des salaires de fonctionnaires ni à des services publics directs. On peut être totalement en désaccord avec la disparition de certaines aides aux entreprises. On peut soutenir qu’une subvention particulière génère des investissements, protège une industrie stratégique ou produit davantage de recettes fiscales qu’elle n’en coûte. Très bien. C’est un débat parfaitement légitime. Mais supprimer un crédit d’impôt à une entreprise n’est pas la même chose que fermer une salle d’opération. Déjà, le raccourci « 47 milliards de coupures dans la fonction publique » s’effondre.

Deuxième élément important : le mot cumulé est essentiel. Une économie récurrente d’un milliard réalisée une année et maintenue les années suivantes peut représenter plusieurs milliards dans un calcul cumulatif sur cinq exercices. Ce n’est pas un trucage comptable, c’est simplement la manière dont on calcule l’effet pluriannuel d’une mesure budgétaire. Selon les paramètres rendus publics autour du plan, on parlerait d’environ 8 milliards d’économies durant la première année, pour atteindre un effet récurrent d’environ 14 milliards à la cinquième année.

C’est considérable. Il ne faut certainement pas le minimiser. Mais ce n’est absolument pas la même proposition que de retirer soudainement 47 milliards d’un budget annuel.

Le Québec prévoit actuellement des dépenses consolidées de l’ordre de 170,8 milliards de dollars pour 2026-2027. Donc, avant même de discuter du fond, il faut cesser de traiter « 47 milliards » comme s’il s’agissait d’un coup de hache unique de 47 milliards dans un budget de 171 milliards. Ce n’est pas ce qui est proposé.

Une dépense n’est pas un service. C’est probablement ici que se trouve le cœur du problème. Lorsqu’un gouvernement dépense 100 millions de dollars pour produire un service, les citoyens ne reçoivent pas « 100 millions de dollars de service ». Ils reçoivent un résultat. Ça peut prendre la forme d’un permis délivré, d’une déclaration traitée, d’une route entretenue, d’une prescription remboursée, d’une opération chirurgicale, d’une classe donnée à des enfants. Mais le montant dépensé pour produire ce résultat est autre chose. En économie et en administration publique, on distingue précisément les intrants — argent, employés, bâtiments, systèmes informatiques, procédures — des extrants et des résultats obtenus.

La productivité consiste essentiellement à obtenir davantage de résultats avec les mêmes ressources, ou les mêmes résultats avec moins de ressources.

Si un ministère prend aujourd’hui 14 étapes administratives pour accomplir une tâche qui pourrait en nécessiter huit, supprimer six étapes n’est pas une « coupure de service ». Si trois organismes produisent des rapports semblables, abolir le dédoublement n’est pas une « coupure de service ». Si une transaction qui coûte 25 dollars lorsqu’elle est effectuée manuellement peut être produite pour 5 dollars numériquement, les 20 dollars économisés ne représentaient pas un « service » offert au citoyen. Ils représentaient le coût de production du service.

Cette distinction est tellement peu révolutionnaire qu’elle constitue aujourd’hui une pratique normale parmi les gouvernements développés. L’OCDE rapporte, d’ailleurs, que 34 des 35 pays membres ayant répondu à son enquête utilisent ou ont utilisé des revues systématiques des dépenses afin d’identifier des économies, réaffecter les ressources et améliorer l’efficacité des administrations publiques. Vingt d’entre eux les réalisent désormais annuellement.

Le Fonds monétaire international arrive au même constat par une autre méthodologie. Dans son Fiscal Monitor, le FMI estime que, dans les économies avancées, l’écart moyen d’efficacité de la dépense publique se situe autour de 31 % par rapport aux meilleures pratiques observées.

Attention ici, parce que je ne veux surtout pas transformer une donnée sérieuse en slogan. Cela ne signifie absolument pas que 31 % du budget du Québec pourrait être supprimé demain matin. Ce serait une interprétation grossière du chiffre. Ça signifie simplement que des pays comparables obtiennent des résultats sensiblement différents avec des niveaux de ressources comparables et qu’il existe donc, empiriquement, un potentiel réel d’amélioration de l’efficience publique au Québec.

Autrement dit : l’idée selon laquelle chaque dollar actuellement dépensé constitue nécessairement un dollar indispensable au maintien du service actuel n’a tout simplement aucun fondement scientifique sérieux.

Et voici probablement le détail le plus ironique de toute cette histoire : le gouvernement du Québec affirme lui-même exactement la même chose. Le gouvernement de la CAQ cherchait justement à faire ce qu’on nous présente comme impossible.

Dans son propre budget de dépenses 2026-2027, le gouvernement québécois affirmait avoir identifié près de 2 milliards de dollars d’économies annuelles grâce à une meilleure gestion des technologies de l’information, des achats gouvernementaux et à la révision de programmes. Et quelle expression utilisait-il?

« Ces économies doivent être réalisées tout en préservant les services publics. »

Relisez la phrase, parce qu’elle est importante. Le gouvernement reconnaît donc, lui-même, officiellement, qu’il est possible de réduire certains coûts de l’État sans réduire proportionnellement les services aux citoyens. Mieux encore : Québec prévoyait également réduire ses effectifs de plusieurs milliers d’équivalents temps complet et explique que l’objectif n’est pas d’affaiblir l’État, mais simplement d’éliminer des chevauchements, des structures devenues superflues et de libérer des ressources pour les services directs.

On peut évidemment débattre de la capacité du gouvernement à atteindre ses propres objectifs. Après tout, il y a certainement une question de compétence dans l’équation, mais le principe a été admis par le même gouvernement de Christine Fréchette. Et il ne devient pas soudainement faux parce qu’un autre parti propose d’aller beaucoup plus loin. La véritable discussion devrait donc être : jusqu’où peut-on aller? Pas : peut-on le faire? Ce sont deux questions complètement différentes.

Et surtout : l’État québécois n’est pas demeuré immobile.

Il y a une autre donnée qu’on entend assez peu dans ce débat. Entre 2018-2019 et 2025-2026, les dépenses de portefeuilles du gouvernement québécois sont passées d’environ 98,2 milliards à 158 milliards de dollars. Une augmentation d’environ 60 milliards en sept ans, soit un peu plus de 60 %.

60 % F*****ing % ! (Prenez conscience de ce que ça signifie)

Encore une fois, soyons intellectuellement sérieux : ça ne signifie pas que 60 milliards ont été gaspillés. La population a augmenté. Les salaires ont augmenté. L’inflation a frappé. La pandémie a entraîné des dépenses exceptionnelles. Le vieillissement démographique exerce une pression considérable sur la santé, etc. Mais cette progression rend pour le moins étrange l’idée voulant que la totalité de la structure actuelle des dépenses constitue désormais une sorte de minimum biologique en dessous duquel l’État cesserait automatiquement de fonctionner.

En sept ans, l’appareil budgétaire s’est énormément développé. Il est donc parfaitement légitime de demander si chaque programme créé demeure pertinent, si chaque structure administrative demeure nécessaire, si certains programmes se chevauchent, si certaines missions pourraient être regroupées, si des procédures peuvent être automatisées et si chaque dollar ajouté au cours de cette période produit encore une valeur correspondant à son coût.

Ce n’est pas de l’idéologie ici. C’est exactement ce qu’est censée être une revue de dépenses.

Les 20 milliards destinés aux entreprises méritent un débat à eux seuls.

Prenons maintenant l’une des plus grosses composantes du plan conservateur : l’aide fiscale et financière accordée aux entreprises. Le ministère des Finances estime qu’en 2026, les dépenses fiscales touchant le régime d’imposition des sociétés représenteront environ 7 milliards de dollars, dont quelque 4,2 milliards associés aux crédits d’impôt et autres mesures incitatives. Encore une fois : je ne prétends pas que ces 7 milliards sont inutiles. Certaines mesures peuvent être parfaitement justifiées. Mais lorsqu’un parti propose de récupérer environ 20 milliards cumulativement sur cinq ans dans l’ensemble des aides et interventions destinées aux entreprises, on peut contester ses choix précis; il devient beaucoup plus difficile de prétendre que l’ordre de grandeur est arithmétiquement délirant. Surtout lorsqu’on regarde ce que produit réellement une partie de ces aides.

D’ailleurs, des chercheurs du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal (lieu d’études de Mme Fréchette) ont depuis plusieurs années soulevé des questions sérieuses sur la structure québécoise de soutien fiscal aux entreprises. Leurs travaux montrent qu’une grande proportion des crédits fiscaux aux entreprises est orientée vers le soutien à l’emploi plutôt que directement vers l’amélioration de la productivité.

Une recherche plus récente du même centre, réalisée à partir de microdonnées fiscales portant sur plusieurs milliers d’entreprises canadiennes, conclut d’ailleurs que, pour certaines catégories d’entreprises, particulièrement les plus grandes, une augmentation du soutien fiscal à la recherche ne produit pas nécessairement une hausse statistiquement significative de l’effort de recherche. Les auteurs soulèvent donc la possibilité qu’une partie de ces crédits subventionne des activités qui auraient eu lieu de toute façon.

Encore une fois, cela ne démontre pas que toutes les aides aux entreprises doivent disparaître. Cela démontre simplement que les examiner systématiquement n’est pas une idée farfelue. Et surtout, abolir une subvention inefficace versée à une entreprise ne constitue pas une réduction du service offert à un citoyen. On peut débattre de ses conséquences économiques. Mais appelons les choses par leur nom.

Il est donc possible de réduire le nombre de fonctionnaires sans réduire les services. C’est possible, mais à une condition. Et c’est probablement le volet le plus sensible du plan du Parti conservateur du Québec. Le parti propose une réduction graduelle des effectifs de la fonction publique, principalement par attrition, avec une cible annuelle autour de 5,6 %, plutôt qu’une vague massive de congédiements immédiats. Est-ce ambitieux? Oui. Très. Est-ce automatiquement impossible? Non, absolument pas…

Il y a ici une condition fondamentale que ceux qui défendent une réduction de l’État devraient eux-mêmes reconnaître : on ne peut pas simplement supprimer des employés et conserver toutes les procédures qui occupaient ces employés. Si vous avez 100 personnes qui remplissent 100 tâches et que vous en retirez 20 en exigeant des 80 restantes qu’elles continuent d’accomplir exactement les mêmes 100 tâches, avec les mêmes formulaires, les mêmes approbations, les mêmes rapports et les mêmes obligations réglementaires, vous n’avez pas amélioré la productivité. Vous avez simplement créé une surcharge de travail. Et éventuellement, oui, les services vont se détériorer.

Une véritable réforme exige donc autre chose : supprimer des tâches, simplifier les règles, éliminer les dédoublements, automatiser des opérations répétitives, fusionner certaines fonctions et décider quelles activités gouvernementales produisent suffisamment de valeur pour être maintenues. C’est là que les expériences étrangères deviennent intéressantes. Le Canada l’a déjà fait, et la leçon est beaucoup plus subtile qu’on le croit.

Rappel historique : au milieu des années 1990, le gouvernement fédéral canadien faisait face à une situation budgétaire extrêmement difficile. Ottawa a alors lancé le fameux Program Review, une révision systématique des programmes fédéraux. Le résultat a été majeur : entre autres choses, l’effectif de la fonction publique fédérale a diminué d’environ 45 000 employés en cinq ans, soit près de 19 %. En tenant compte d’autres employeurs fédéraux, la diminution totale du secteur public fédéral avoisinait 55 000 postes.

Le déficit fédéral, qui représentait environ 5,3 % du PIB au début de l’exercice, a été éliminé quelques années plus tard, puis le Canada a enregistré des surplus budgétaires jusqu’à la crise financière mondiale. Le ratio dette/PIB a lui aussi chuté considérablement dans les années qui ont suivi.

Et oui, comme j’aime bien l’écrire : MAGIE MAGIE !

Mais voici la partie que je trouve encore plus intéressante. Les analyses rétrospectives du Program Review expliquent que les compressions uniformes pratiquées auparavant avaient produit de mauvais résultats. Demander indistinctement à tous les ministères de « faire plus avec moins » avait fini par dégrader certaines capacités et certains services. La réforme réussie a donc changé de logique : plutôt que de simplement couper partout, le gouvernement a réévalué les programmes selon leur pertinence, leur rôle et leur priorité.

Autrement dit, l’expérience canadienne ne démontre pas que toutes les compressions sont indolores. Elle démontre qu’une réduction importante de la taille administrative de l’État est possible, mais elle fonctionne beaucoup mieux lorsqu’on supprime du travail avant de supprimer les ressources qui l’effectuent. Voilà une leçon que le PCQ devrait lui-même prendre très au sérieux.

Prenons maintenant un exemple beaucoup plus concret. Au Royaume-Uni, le National Audit Office a étudié la modernisation du système de traitement des prescriptions du NHS. L’ancien système de traitement coûtait environ 77 livres sterling pour 1 000 lignes de prescription. Après le remplacement technologique et l’automatisation d’une partie du processus, ce coût est tombé autour de 41 livres pour 1 000 lignes. Même fonction administrative. Même objectif. Un coût unitaire considérablement inférieur.

Est-ce qu’on venait de couper le service de moitié? Non. On avait réduit le coût nécessaire pour produire le service. Et l’histoire comporte même une mise en garde… la transition technologique n’a pas été parfaite. Le nouveau système a connu des problèmes de précision et il a fallu plusieurs années pour atteindre certains objectifs de performance. Voilà à quoi ressemble une analyse sérieuse. La technologie peut produire des économies réelles. Mais elle doit être implantée correctement. Les économies ne sont ni imaginaires ni automatiques. Les deux choses peuvent être vraies simultanément.

Mais prétendre que c’est impossible? Sincèrement, il faudrait croire quelque chose d’assez extraordinaire…

Il faudrait croire que l’État québécois de 2026 fonctionne déjà pratiquement à son niveau optimal d’efficacité. Il faudrait croire qu’après une croissance de plus de 60 % des dépenses de portefeuilles depuis 2018-2019, il n’existe pratiquement aucun programme devenu moins pertinent, aucune structure superflue, aucun chevauchement, aucun processus inutile, aucune technologie capable de réduire un coût, aucun achat pouvant être mieux négocié et aucune aide aux entreprises dont le rendement est inférieur au coût. Il faudrait croire que chaque dollar actuellement dépensé produit une quantité presque incompressible de services.

Il faut revenir sur terre, les amis…

Et pourtant, ni la littérature de l’OCDE, ni les travaux du FMI, ni l’expérience canadienne, ni certains travaux universitaires québécois ne nous permettent sérieusement de soutenir une telle hypothèse. Plus curieusement encore, le gouvernement québécois lui-même ne la croit pas, puisqu’il cherche actuellement des milliards d’économies et une réduction de ses propres effectifs tout en déclarant vouloir maintenir les services.

Alors pourquoi la même mécanique deviendrait-elle physiquement impossible simplement parce que l’objectif proposé par un adversaire politique est plus élevé? Elle devient plus difficile. Elle devient plus risquée. Elle exige davantage de transformations. Elle exige davantage de preuves. Mais « plus difficile » ne signifie pas « impossible ».

Et c’est peut-être là que notre débat public devient paresseux…

Nous avons pris l’habitude de mesurer l’engagement d’un gouvernement envers les services publics par la quantité d’argent qu’il dépense. Budget en hausse? « Investissement dans les services. » Budget en baisse? « Coupure dans les services. » C’est extraordinairement pratique politiquement. Mais économiquement, c’est pauvre.

Parce qu’avec cette logique, un ministère qui dépense 110 millions pour produire exactement la même chose qu’il produisait pour 100 millions l’année précédente aurait « amélioré » les services de 10 %. Évidemment que non. Il a simplement dépensé davantage. Pour savoir si le service s’est amélioré, il faudrait plutôt mesurer ce que le citoyen reçoit : délais d’attente, nombre de dossiers traités, accessibilité, qualité, résultats cliniques, réussite scolaire, satisfaction, fiabilité, productivité.

Je le répète, la dépense est un moyen. Le service est la finalité.

Confondre systématiquement les deux dans nos médias et auprès de certains cercles protège merveilleusement bien le statu quo, parce que toute tentative de rendre une organisation moins coûteuse peut immédiatement être présentée comme une attaque contre ceux qu’elle sert. C’est précisément là que je décroche du débat partisan.

Je ne sais pas aujourd’hui si le PCQ pourrait réellement atteindre exactement 47 milliards. Je ne sais pas si 42 milliards seraient réalisables. Ou 35. Ou 25. Pour répondre sérieusement à cette question, il faudrait ouvrir les livres, programme par programme, organisme par organisme, crédit fiscal par crédit fiscal, processus par processus.

Et c’est justement le point.

Ce travail n’a pas encore été fait assez précisément pour démontrer que 47 milliards sont assurés. Mais il n’a certainement pas été fait non plus pour démontrer que 47 milliards sont impossibles. Alors, lorsque quelqu’un affirme catégoriquement qu’une telle réduction entraînerait « inévitablement » une diminution équivalente des services publics, il ne nous présente pas une conclusion scientifique. Il nous présente une hypothèse politique. Une hypothèse que plusieurs décennies de travaux sur la productivité publique, les revues de dépenses, la numérisation et la réallocation budgétaire nous obligent au minimum à remettre en question.

C’est d’ailleurs peut-être ça, le plus important. On peut être contre le PCQ et savoir compter. On peut trouver son objectif trop agressif et reconnaître qu’une dépense n’est pas automatiquement un service. On peut défendre un État fort et exiger qu’il soit efficace. On peut vouloir protéger les infirmières, les enseignants, les préposés et les services directs tout en se demandant si chaque structure administrative qui les entoure est indispensable. Ces positions ne sont absolument pas contradictoires.

La position intellectuellement rigoureuse n’est donc ni : « 47 milliards? Facile. Il suffit de couper le gras. » Ni : « 47 milliards? Impossible. Chaque dollar retiré sera un service en moins. » La position rigoureuse consiste seulement à dire : oui, il existe suffisamment de données empiriques pour démontrer que des gouvernements peuvent réduire considérablement certains coûts sans réduire proportionnellement les services produits.

Oui, le Québec possède manifestement des zones où des gains d’efficacité sont possibles puisque son propre gouvernement le reconnaît. Oui, certaines aides publiques aux entreprises méritent une réévaluation sérieuse. Oui, la numérisation peut réduire spectaculairement certains coûts unitaires. Et oui, des États ont déjà réduit substantiellement leurs effectifs administratifs.

Mais il reste ensuite à démontrer que ce plan précis, avec ce montant précis, peut être exécuté correctement.

Voilà le débat qu’on devrait avoir. Pas savoir si on aime Éric Duhaime. Pas savoir si le mot « conservateur » nous donne de l’urticaire. Pas davantage savoir si chaque dépense gouvernementale doit automatiquement être défendue parce qu’elle existe déjà. Seulement poser une question qui devrait être banale dans une démocratie qui dépense près de deux cents milliards de dollars par année : est-ce que nous obtenons réellement le maximum de services pour chaque dollar que nous dépensons? Vous connaissez la réponse autant que moi si vous avez affaire aux services publics une fois de temps en temps…

Peut-être que le PCQ a raison sur 47 milliards. Peut-être qu’il surestime largement ce qui est réalisable. Ça, il devra le démontrer.

Mais prétendre que la discussion est terminée avant même d’avoir ouvert les livres, simplement parce que le chiffre est gros ou que c’est Éric Duhaime? Ce n’est pas de l’analyse économique. C’est une conclusion à la recherche de ses preuves.

Après tout, on parle uniquement d’une « coupure » de 5,6 % dans le budget annuel.

Sources et liens complets :

Parti conservateur du Québec — Plan concernant les économies de 47 milliards sur cinq ans :
https://conservateur.quebec/…/le-pcq-sengage-a-faire…/

Secrétariat du Conseil du trésor du Québec — Budget de dépenses 2026-2027 / Stratégie de gestion des dépenses :
https://cdn-contenu.quebec.ca/…/1_strategie_gestion…

Ministère des Finances du Québec — Portrait et évolution des dépenses fiscales :
https://www.budget.finances.gouv.qc.ca/…/portrait…

OCDE — Government at a Glance 2025, Spending Reviews :
https://www.oecd.org/…/spending-reviews_2a2612b6.html

Fonds monétaire international — Spending Smarter to Boost Growth / efficacité de la dépense publique :
https://www.imf.org/…/07/spending-smarter-to-boost-growth

Centre sur la productivité et la prospérité — HEC Montréal — travaux sur l’aide fiscale aux entreprises :
https://cpp.hec.ca/wp-content/uploads/2025/05/PP-2024-01.pdf

Centre sur la productivité et la prospérité — HEC Montréal — travaux sur le soutien fiscal à la recherche et développement :
https://cpp.hec.ca/wp-content/uploads/2026/02/PP-2025-04.pdf

Institute for Government — Analyse du Program Review canadien des années 1990 :
https://www.instituteforgovernment.org.uk/…/Program…

UK National Audit Office — Managing the risks of legacy ICT to public service delivery :
https://www.nao.org.uk/…/10154-001-Managing-the-risk-of…

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Samuel Chabot
Samuel Chabot
Samuel Chabot est chroniqueur politique et social, ancien militaire des Forces armées canadiennes et ex-directeur de campagne municipale à Québec. Collaborateur à Libre Média et à Radio Crash avec Josey Arsenault, il est parfois invité au 99,5 FM et à QUB Radio pour commenter l’actualité. Son parcours combine stratégie politique, analyse factuelle et engagement public.

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