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Des élections générales québécoises historiques

Alors que le Québec est au cœur de la 44e élection générale de son histoire, il y a fort à parier que les résultats de la soirée électorale du 5 octobre 2026 s’avéreront inédits en 159 ans de politique québécoise.

Cinq partis politiques forts

Dans l’histoire du Québec, seulement trois élections générales ont mené à la représentation de cinq partis politiques différents à l’Assemblée législative ou à l’Assemblée nationale. Jamais, toutefois, n’a-t-on vu cinq partis obtenir plusieurs sièges.

Lors de l’élection de 1890, qui a reconduit au pouvoir le Parti libéral d’Honoré Mercier, les conservateurs ont constitué l’opposition officielle, le Parti national a fait élire sept députés, tandis que le Parti ouvrier et les conservateurs indépendants ont obtenu un député chacun.

À l’occasion de l’élection de 1912, les libéraux de Lomer Gouin ont remporté une éclatante majorité, battant à plate couture les conservateurs, qui ont dû se contenter de 17 sièges. Le Parti ouvrier, la Ligue nationaliste canadienne et un indépendant ont quant à eux remporté un siège chacun.

Enfin, l’élection de 1976, qui a porté René Lévesque au pouvoir, a également permis à cinq formations d’être représentées à l’Assemblée nationale : le Parti québécois, le Parti libéral, l’Union nationale, le Ralliement créditiste et le Parti national populaire ont su gagner la faveur des électeurs dans certaines circonscriptions. Toutefois, le Ralliement créditiste et le Parti national populaire n’ont obtenu qu’un seul siège chacun.

Ainsi, lors des trois seules élections générales québécoises ayant permis l’élection de représentants de cinq formations politiques différentes, les groupes arrivés en quatrième et en cinquième position n’ont obtenu qu’un seul député chacun. Encore faut-il préciser que l’inclusion des élections de 1890 et de 1912 dans cette catégorie est discutable, puisque des candidats indépendants y sont assimilés à des formations politiques distinctes.

En revanche, le 5 octobre 2026, cinq véritables partis politiques pourraient faire élire chacun au moins neuf députés. Ce serait du jamais-vu dans notre système de scrutin uninominal majoritaire à un tour, où la représentation politique tend généralement à se concentrer entre deux ou trois grandes formations.

Un changement de paradigme politique à venir?

Ce paysage politique inusité traduit par ailleurs la reconfiguration de l’échiquier politique québécois qui s’opère depuis quelques années. Du milieu des années 1970 jusqu’à l’élection de la CAQ, la politique québécoise s’est principalement articulée autour de la question nationale et du débat référendaire. L’identité politique partisane se construisait alors largement autour de deux grandes étiquettes : fédéraliste et souverainiste.

Ce paradigme devait changer considérablement avec l’élection de François Legault, premier premier ministre ni libéral ni péquiste depuis l’élection du gouvernement de Daniel Johnson père, de l’Union nationale, en 1966. Il faut dire que Mario Dumont était passé bien près de bouleverser cette alternance PQ-PLQ en 2007, lorsque l’Action démocratique du Québec avait formé l’opposition officielle.

François Legault a ainsi porté pendant huit ans la promesse d’un gouvernement mettant de côté la question référendaire, davantage préoccupé par la gestion quotidienne du Québec que par l’éventualité d’un troisième référendum jugé, à ses yeux, voué à l’échec.

Le débat politique avait ainsi amorcé un certain virage à la française, le vocabulaire politique se déplaçant progressivement vers l’axe gauche-droite. Aux traditionnels pôles souverainiste et fédéraliste se sont donc ajoutées des formations se définissant plus explicitement autour des axes socialiste et conservateur, dont la place dans le débat public a progressivement gagné en importance.

Mais la pérennité de cette évolution du paradigme politique dépendra largement des résultats de la soirée électorale du 5 octobre.

Si l’on s’en fie aux sondages réalisés au cours des trois dernières années, la CAQ pourrait alors se faire montrer la porte. Cela signifierait que la soirée électorale pourrait marquer le retour au pouvoir d’un parti dont l’identité demeure intimement liée à la question nationale, qu’il s’agisse du PQ ou du PLQ.

Parallèlement, la forte croissance de l’immigration observée au Québec au cours des dernières années et l’évolution du poids démographique des Canadiens français pourraient également transformer les paramètres d’un éventuel troisième référendum. Aux yeux de ceux qui estiment que la démographie constitue un facteur déterminant du rapport de force référendaire, le camp du Oui pourrait donc se trouver devant une fenêtre politique particulièrement importante.

Dans cinq ou dix ans, la composition démographique du Québec pourrait être suffisamment différente pour modifier considérablement les conditions dans lesquelles se tiendrait un nouveau référendum. La présente élection pourrait ainsi contribuer à déterminer le sort d’un débat politique qui anime le Québec de manière presque ininterrompue depuis maintenant un demi-siècle.

Une élection potentiellement charnière

En résumé, pour la première fois de l’histoire du Québec, cinq partis politiques pourraient obtenir simultanément plusieurs sièges à l’issue d’une élection générale, consacrant l’émergence d’un paysage politique renouvelé et inhabituellement fragmenté.

Les résultats du 5 octobre 2026 pourraient également avoir des conséquences importantes sur l’avenir du Québec au sein de la fédération canadienne. Si le Parti québécois devait échapper le gouvernement, la perspective d’un troisième référendum pourrait être repoussée considérablement. À l’inverse, son accession au pouvoir replacerait vraisemblablement la question nationale au cœur du débat politique québécois.

Voilà pourquoi les présentes élections générales québécoises pourraient s’avérer non seulement historiques, mais également charnières pour l’évolution politique du Québec, et ce, d’une manière que l’on ne peut certainement pas dire de toutes les élections.

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