J’aimerais que l’indépendance du Québec soit autre chose qu’une simple opération comptable visant à éliminer un palier de gouvernement. Remplacer Ottawa par Québec pour continuer à administrer les citoyens de la même manière, avec les mêmes réflexes bureaucratiques, les mêmes interdictions et la même passion maladive pour la réglementation ne constituerait pas une libération. Ce serait seulement déplacer le guichet où l’on vient demander la permission de vivre.
J’aimerais que le pouvoir ne soit pas simplement transféré du gouvernement canadien au gouvernement québécois, mais qu’il soit véritablement rendu aux Québécois. Aux individus, aux familles, aux communautés, aux entrepreneurs, aux travailleurs et aux créateurs. À ceux qui produisent, bâtissent, transmettent et prennent des risques, plutôt qu’à ceux qui rédigent des formulaires pour encadrer le travail des autres.
Je crois à la liberté individuelle. Je crois qu’un peuple ne devient pas libre uniquement parce qu’il possède un drapeau, un siège aux Nations unies et un ministère des Affaires étrangères. Un peuple devient libre lorsque ses citoyens peuvent choisir leur vie, disposer du fruit de leur travail, exprimer leurs idées, créer leurs entreprises et organiser leurs communautés sans devoir obtenir constamment la bénédiction d’une caste administrative.
L’indépendance du Québec ne doit pas seulement déplacer le pouvoir
L’indépendance nationale qui ne conduit pas à davantage de liberté individuelle risque de n’être qu’un nationalisme de fonctionnaires. Je ne souhaite pas quitter une fédération centralisatrice pour construire une petite république où l’État continuerait de s’immiscer dans chaque aspect de notre existence, cette fois-ci en français et avec une fleur de lys sur le formulaire.
On affirme souvent que le Canada aurait progressivement transformé le Québec. Je crois plutôt que le modèle québécois, centralisateur, technocratique et profondément étatiste, a davantage influencé le Canada moderne que le Canada ne nous a influencés. Ottawa a appris de Québec l’art de transformer chaque problème social en programme gouvernemental, chaque désaccord en consultation publique et chaque difficulté économique en nouvelle structure administrative.
L’indépendance du Québec ne doit pas devenir un nouvel étatisme
Nous avons exporté notre modèle avant même d’avoir exporté notre souveraineté.
Nous nous sommes aussi fait avoir lors des deux référendums. Les forces fédéralistes ont compris qu’elles ne participaient pas à un débat académique, mais à une lutte existentielle. Elles étaient prêtes à jouer le tout pour le tout, à mobiliser leurs institutions, leurs réseaux, leurs ressources financières et tous les mécanismes obscurs que permet l’exercice du pouvoir. Pendant que certains souverainistes récitaient leurs principes, leurs adversaires se battaient pour gagner.
Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : le camp du Oui n’a pas seulement perdu parce que son argumentaire était imparfait. Il affrontait une machine politique déterminée à préserver l’ordre canadien par tous les moyens disponibles.
Mais au lieu de tirer les leçons de ces défaites, une partie du mouvement souverainiste s’est progressivement rigidifiée. Elle s’est convaincue que la pureté idéologique finirait par remplacer l’efficacité politique. Elle a dressé une liste toujours plus longue de conditions qu’il faudrait remplir avant d’obtenir le droit de servir la nation.
Il faudrait être souverainiste, certes, mais également social-démocrate, centralisateur, syndicaliste, hostile au secteur privé, allergique aux conservateurs et parfaitement conforme aux dogmes du moment. L’indépendance du Québec n’était plus un projet national capable de rassembler des Québécois différents. Elle devenait la propriété intellectuelle d’une chapelle politique.
C’est précisément cette mentalité qui mine la lutte pour l’indépendance du Québec et des Québécois.
Les péquistes devraient proposer leurs propres idées plutôt que de consacrer une énergie disproportionnée à faire la guerre aux conservateurs du Parti conservateur du Québec. Qu’ils défendent leur programme. Qu’ils expliquent leur conception de l’État, de l’économie, de la langue et de la nation. Qu’ils convainquent les Québécois au lieu d’excommunier ceux qui ne pensent pas comme eux.
Cette croisade contre la droite souverainiste ou nationaliste leur nuit bien davantage qu’elle ne les aide. Elle transforme des alliés potentiels en ennemis déclarés. Elle enferme le mouvement indépendantiste dans une vieille rengaine partisane où l’on préfère humilier le voisin plutôt que de combattre le véritable adversaire politique.
Nous retombons alors dans une guerre de clans de basse psyché. Chaque désaccord devient une trahison. Chaque nuance devient une compromission. Chaque critique adressée au Parti québécois est interprétée comme une attaque contre la nation elle-même. Le militant n’est plus un citoyen engagé dans une cause noble : il devient le gardien zélé d’un catéchisme partisan.
Pourquoi, comme indépendantiste libéral classique, devrais-je être considéré comme un traître à la nation?
Pourquoi celui qui souhaite davantage de liberté pour les habitants de langue française établis sur cette terre d’Amérique serait-il moins québécois que celui qui souhaite simplement donner davantage de pouvoir à l’État québécois?
Pourquoi devrais-je consacrer mon temps à me guerroyer sur les réseaux sociaux contre une poignée de fanatiques qui se proclament les chantres officiels du Parti québécois? Pourquoi devrais-je supporter les insultes, les procès d’intention, les anathèmes et les petites guérillas numériques de ceux qui confondent amour du Québec et loyauté aveugle envers une organisation politique?
J’aimerais que nous proposions davantage et que nous excommuniions moins. J’aimerais que nous débattions des institutions d’un Québec indépendant, de sa constitution, de ses libertés fondamentales, de son économie, de sa monnaie, de sa défense et de ses relations avec le monde.
J’aimerais un Québec où la nation ne serait pas un troupeau à administrer, mais une communauté de citoyens libres.
J’aimerais que nous cessions de demander qui possède le brevet du patriotisme et que nous commencions enfin à bâtir un pays assez grand pour accueillir tous ceux qui veulent le rendre libre.
J’aimerais que l’indépendance du Québec redevienne une promesse d’émancipation plutôt qu’un prétexte pour agrandir l’État.
Poursuivre la réflexion sur un Québec libre
- Le Livre bleu du PQ : moins Ottawa, mais plus d’État — Sur le risque de remplacer Ottawa par un État québécois toujours aussi bureaucratique et interventionniste.
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- La souveraineté n’est pas un club privé de la gauche bien-pensante — Une critique directe du purisme idéologique qui rétrécit le camp du Oui.
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- L’indépendance ne sauvera pas votre gouvernemaman en faillite — Sur la nécessité d’accompagner l’indépendance d’une véritable rupture avec l’étatisme.
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- Ce peuple-là n’est pas né pour demander la permission — Un plaidoyer pour un Québec qui cesse d’attendre la permission d’Ottawa et assume pleinement sa liberté politique.

