Le prochain gouvernement pourrait bien être caquiste.
Pas parce que la CAQ offre le meilleur programme pour le Québec. Pas parce que son bilan des dernières années est irréprochable. Et certainement pas parce que les Québécois seraient soudainement devenus enthousiastes à l’idée de reconduire le même modèle de gouvernement.
La CAQ pourrait gagner pour une raison beaucoup plus simple : elle arrive à l’élection avec une crise.
Et pour un gouvernement sortant, une crise est souvent une excellente nouvelle politique. Rappelez-vous de l’élection de Mark Carney il y a un an à peine.
La logique est assez simple.
Lorsqu’une crise survient, l’attention se déplace naturellement du bilan du gouvernement vers sa capacité à « gérer » la crise.
Le gouvernement n’est plus celui à qui l’on demande des comptes. Il devient celui qui doit nous protéger.
Et plus la crise prend de place dans le débat public, plus il devient facile pour le gouvernement de se présenter comme la solution.
C’est exactement ce que nous sommes en train de voir.
Les entreprises québécoises sont menacées par les politiques commerciales américaines ? Le gouvernement annonce des mesures d’aide.
Les travailleurs sont menacés ? Le gouvernement promet d’être au rendez-vous.
L’économie est incertaine ? Le gouvernement se présente comme le rempart contre l’incertitude.
Christine Fréchette peut alors faire ce que tout gouvernement sortant rêve de pouvoir faire à quelques semaines d’une élection : annoncer qu’elle va protéger les Québécois.
Et pendant ce temps, on ne parle plus nécessairement de la question beaucoup plus embarrassante : protéger les Québécois de quoi, exactement, et pourquoi en sommes-nous là après huit ans de gouvernement caquiste ?
C’est là que le piège se referme.
Une élection devrait normalement être l’occasion de faire le bilan d’un gouvernement et de comparer les différentes visions proposées pour les quatre prochaines années.
On devrait parler de productivité, de croissance économique, de fiscalité, de réglementation, de dépenses publiques, d’infrastructures, de logement, de santé, d’éducation.
On devrait surtout demander à la CAQ ce qu’elle a accompli avec les leviers considérables dont elle disposait.
Mais une crise permet de déplacer le débat.
On ne demande plus au gouvernement s’il a bien gouverné. On lui demande s’il saura nous protéger.
Et c’est une distinction fondamentale.
Parce qu’un gouvernement peut très bien être médiocre dans sa gestion quotidienne et être extrêmement efficace pour donner l’impression qu’il agit lorsqu’une crise survient.
Il suffit d’annoncer des programmes.
Des subventions.
Des mesures d’urgence.
Des tables de concertation.
Des plans d’action.
Des enveloppes de plusieurs centaines de millions de dollars.
Tout cela permet au gouvernement de paraître actif, déterminé et protecteur.
Et lorsqu’on dépense suffisamment d’argent public pour soutenir une industrie, il devient beaucoup plus facile de se présenter comme son défenseur.
Le gouvernement paie. L’entreprise reçoit. Le gouvernement récolte le crédit politique.
C’est une mécanique électorale presque parfaite.
Et le plus intéressant, c’est que la crise n’a même pas besoin d’être particulièrement grave.
Elle doit simplement être suffisamment présente pour monopoliser l’attention.
On peut même laisser certains problèmes s’étirer assez longtemps pour multiplier les occasions d’intervenir et, ultimement, apparaître comme celui qui vient les régler.
C’est là que l’ironie devient assez savoureuse.
On peut avoir un État qui intervient partout dans l’économie.
On peut multiplier les réglementations jusque dans des détails aussi absurdes que l’affichage en français sur une sécheuse.
On peut dépenser des milliards en subventions.
Et malgré tout, au moment de l’élection, le gouvernement peut réussir à se présenter non pas comme le gouvernement qui a géré le Québec pendant huit ans, mais comme le gouvernement qui va protéger le Québec pendant une période difficile.
C’est probablement la meilleure carte que la CAQ puisse jouer.
Et c’est aussi pourquoi il faudra être particulièrement attentif au débat électoral des prochains mois.
Parce que si l’élection devient un référendum sur la capacité de Christine Fréchette à nous protéger contre une crise extérieure, plutôt qu’un jugement sur le bilan de la CAQ et sur les politiques qu’elle propose pour le Québec, le gouvernement sortant aura réussi son opération.
Il n’aura pas nécessairement convaincu les Québécois qu’il a été un bon gouvernement.
Il les aura simplement convaincus qu’au milieu de la tempête, il vaut mieux garder celui qui tient le volant.
Et en politique, c’est parfois tout ce qu’il faut pour gagner.
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Particulièrement pertinent pour ton passage sur les huit années de gouvernement caquiste : interventionnisme, dépenses publiques et centralisation de l’État.

