Des Québécois sont en colère. Et encore une fois, une grande vision binaire s’installe au Québec : les racistes contre les tolérants. Et encore une fois, l’effort de compréhension de la grogne des Québécois, de la part de certains milieux progressistes, n’est pas au rendez-vous.
Est-il si difficile pour ces gens de faire l’effort de comprendre pourquoi des Québécois peuvent être heurtés par un geste que je considère, pour ma part, comme plutôt insignifiant, mais qui possède néanmoins un caractère politique ?
Ruba Ghazal a affirmé, lors d’un balado, que le discours nationaliste québécois défendu par le PQ ou la CAQ avait le droit d’exister, mais qu’elle le détestait, le considérant comme une vision identitaire et fermée.
Source : Balado Génération OUI, épisode 15 : « La démarche indépendantiste de Québec solidaire avec Ruba Ghazal ».
Évidemment, Québec solidaire semble toujours détenir la supériorité morale, même lorsqu’il s’agit de définir ce qu’est le bon nationalisme. Celui des autres serait fermé et identitaire, tandis que le sien serait angélique.
Des Québécois peuvent donc certainement être très fâchés. En quoi son nationalisme palestinien serait-il meilleur que le nationalisme québécois ?
Son geste n’a pas été posé chez elle ni lors d’une manifestation propalestinienne, mais dans la maison du peuple.
Alors qu’elle rejette et fragmente une bonne partie du nationalisme québécois, lui préférant sa propre vision, elle semble embrasser sans réserve celui d’une autre nation, la sienne, si j’ai bien compris, et ce, dans la maison du peuple qui l’a accueillie.
Vraiment ? Et on s’étonne de voir des Québécois fâchés ?
Pendant la campagne électorale, elle a relativement peu parlé de ses convictions concernant la Palestine, préférant plutôt rappeler qu’elle était une enfant de la loi 101 et qu’elle devait beaucoup au Québec, tout en évoquant des noms comme Godin et Falardeau.
À l’entendre, on aurait presque cru qu’elle allait chasser l’orignal chaque automne au Lac-Saint-Jean avec des Kebs ! Ce que je l’invite d’ailleurs à faire. Cela lui permettrait peut-être de comprendre qu’il existe un autre nationalisme québécois, tout aussi légitime que la vision tiède montréalaise de la circonscription de Mercier.
Elle a tout de même une excuse parfaitement valable : elle affirme elle-même qu’il s’agissait d’un geste impulsif, spontané, presque sanguin. Elle a vu Manon Massé avec son keffieh et l’a saisi pour le brandir fièrement.
D’accord !
Mais Québec solidaire est habituellement bien rapide à dégainer lorsqu’il s’agit de moraliser les autres et de ménager les sensibilités, particulièrement celles des minorités.
Eh bien, n’est-ce pas justement le moment d’appliquer cette sensibilité aux Québécois qui se sont sentis heurtés par son geste ? Des Québécois qui constituent, rappelons-le, une véritable minorité au Canada.
Où est sa sensibilité envers ces Québécois ?
N’est-il pas convenu, lorsqu’on pose un geste impulsif qui blesse certaines personnes, de leur présenter des excuses, même si notre intention n’était pas de les offenser ? N’est-ce pas justement la formule habituellement exigée par ce parti ?
Personnellement, je suis d’un nationalisme décomplexé. Ce geste ne m’a pas particulièrement bouleversé, mais je peux parfaitement comprendre qu’il ait heurté certains de mes compatriotes.
Et, en observant l’attitude de Ruba Ghazal avant et après la campagne électorale, je ne peux m’empêcher de penser à ce passage d’une chanson de Félix Leclerc :
« La veille des élections
Il t’appelait son fiston
Le lendemain, comme de raison,
Y avait oublié ton nom. »
Stéphan Lemieux
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