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Le libre-échange avec les États-Unis a fait tomber Wilfrid Laurier 🔒

En 1896, Wilfrid Laurier est devenu le premier Canadien français élu au poste de premier ministre du Canada. Il dirigea le pays jusqu’en 1911. Lors de son règne, le pays a connu une période de prospérité économique incroyable. Le gouvernement Laurier avait l’ambition de développer l’Ouest canadien. C’est dans cette optique qu’il a encouragé l’immigration massive de personnes provenant majoritairement d’Europe afin de peupler cette partie du territoire canadien. Environ un million de personnes se sont installées dans l’Ouest. Cela a mené à la création de deux nouvelles provinces canadiennes en 1905, l’Alberta et la Saskatchewan. Le premier ministre Laurier a fait construire de nouveaux chemins de fer transcontinentaux pour favoriser le déplacement des ressources et des Canadiens d’un océan à l’autre.

Au début du 20e siècle, il y avait des discordes entre les deux peuples fondateurs du pays sur la question linguistique. Laurier a toujours voulu promouvoir une politique de conciliation entre les francophones et anglophones dans ces sujets sensibles : la langue et les écoles confessionnelles. Or, sa politique de compromis a causé du mécontentement des deux solitudes. Les Canadiens français affirmaient que le premier ministre ne défendait pas assez le fait français et catholique du Québec. Tandis que les anglophones estimaient que le chef libéral était trop accommodant avec les communautés francophones du pays.

Par exemple, le gouvernement du Manitoba a fait adopter une législation sur les écoles du Manitoba pour éliminer le financement des établissements scolaires catholiques. Cette loi a aboli le français comme langue officielle de cette province de l’Ouest. Les Canadiens français étaient outrés par cette politique. Laurier a fait un compromis avec le premier ministre du Manitoba, Thomas Greenway. L’accord permettait le rétablissement des écoles catholiques. L’enseignement religieux catholique serait permis trente minutes par jour si un nombre suffisant de parents en faisaient la demande.

Malgré sa popularité, Laurier a perdu le pouvoir aux mains des conservateurs en 1911. Cette campagne électorale était centrée sur le traité de libre-échange que Laurier avait signé avec le président William Howard Taft. Ce traité de réciprocité aurait permis d’échanger librement des ressources naturelles entre les deux pays. De plus, cela allait diminuer les tarifs douaniers sur plusieurs produits. Les agriculteurs de l’Alberta et de la Saskatchewan étaient pour, car l’exportation de leurs produits agricoles vers d’autres pays aurait été possible. Tandis que les industries de l’Est du pays avaient peur de la concurrence américaine et appréhendaient que le Canada devienne trop dépendant de son voisin du Sud.

Le premier ministre a tenté de faire adopter le Traité de réciprocité avec les États-Unis, mais les conservateurs ont fait de l’obstruction parlementaire. Alors, Laurier a déclenché des élections afin d’obtenir un mandat fort pour finaliser la mise en œuvre de cet traité économique. À cette époque, les Canadiens anglais étaient très attachés à l’Empire britannique. Ces derniers craignaient que le projet de Laurier éloigne le Canada de la mère patrie et que le Canada soit éventuellement annexé aux États-Unis. Donc, les conservateurs ont centré leur stratégie de campagne sur la menace américaine. Le Parti conservateur a exploité la peur des Canadiens anglais dans ses attaques. Les conservateurs criaient haut et fort que le Traité de réciprocité était la première étape de l’annexion du Canada au voisin américain. Cela a causé une hausse vertigineuse de l’antiaméricanisme au Canada anglais, surtout en Ontario.

Le président de la Chambre des représentants des États-Unis Champ Clark a clairement exprimé, dans un discours au Congrès américain, son désir de voir son pays annexer le Canada : « J’attends avec impatience le jour où le drapeau américain flottera sur chaque mètre carré de l’Amérique du Nord britannique, jusqu’au pôle Nord. Le peuple canadien est de notre sang et de notre langue. » [1]Ce dernier a aussi dit que le Traité de réciprocité était la première phase de la disparition du Canada et de son annexion aux États-Unis. En conséquence, les Canadiens anglais ont exprimé un fort sentiment d’antiaméricanisme lors de la campagne électorale. Le jour du vote, ces derniers ont rejeté Wilfrid Laurier et les conservateurs de Borden ont obtenu une victoire majoritaire. Les troupes de Robert Borden ont fait élire 132 députés. Ils ont été dominant surtout en Ontario où le caractère antiaméricain était très fort. Tandis que les libéraux de Laurier ont obtenu 85 sièges. Les élus de Laurier provenaient du Québec, de l’Alberta et de la Saskatchewan. Les Québécois étaient hostiles au discours impérialiste britannique des conservateurs. Alors que les deux nouvelles provinces de l’Ouest ont appuyé le projet de libre-échange de Laurier. Pour conclure, malgré un bon bilan, les libéraux de Laurier ont été chassés du pouvoir parce que la question de l’urne, le projet de libre échange avec les États-Unis, a favorisé les conservateurs. 114 ans plus tard, l’enjeu de l’actuelle campagne électorale est aussi la relation entre notre pays et les Américains. Donc, c’est la troisième fois qu’une campagne électorale fédérale est dominée par cette question. Est-ce que cela aura un impact majeur sur les résultats du scrutin comme cela a été le cas en 1911 et en 1988 [2]? Seul le temps nous le dira.


[1] Allan, Chantal Bomb Canada : et autres remarques désobligeantes dans les médias américains Athabasca, Athabasca University Press, 2009, p. 17.

[2] Les conservateurs de Brian Mulroney ont fait campagne sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis. Ces derniers ont été réélus avec une confortable majorité.

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Simon Leduc
Simon Leduc
Titulaire d'un Baccalauréat en science politique a l'Université de Montréal. Il est chroniqueur et journaliste pour Libre Média, le Podcast Ian et Frank et de Québec Nouvelles. Vous pouvez le suivre sur Facebook.

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