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Churchill Falls, éoliennes et nos barrages : une vision ou un plaster ?

Alors qu’on nous annonce une possible pénurie d’électricité, il est temps de réfléchir sérieusement à l’avenir énergétique du Québec. On entend souvent dire qu’on va manquer d’électricité. Que, si on ne plante pas rapidement des milliers d’éoliennes, le Québec va se retrouver dans le noir. Que Churchill Falls, c’est la fin du monde en 2041. Moi, je me dis qu’on est en train de se compliquer la vie pour rien et qu’on choisit les solutions les plus voyantes plutôt que les plus intelligentes.

Le vrai portrait, sans panique

On a des barrages. Beaucoup de barrages. Un patrimoine collectif de centaines de milliards de dollars, déjà payé par nos parents et nos grands-parents. L’optimisation de ces actifs existants — réfection des turbines, modernisation des équipements et numérisation — doit toujours constituer la priorité budgétaire absolue avant d’aller construire du neuf ailleurs. C’est simplement du bon sens de gestionnaire.

Pendant ce temps, on se lance à fond dans l’éolien industriel. C’est rapide à annoncer, ça fait « vert » et ça permet de dire qu’on agit. Mais est-ce vraiment aussi vert et logique que cela ?

Pour installer ces immenses parcs, on déboise nos forêts, on ouvre des kilomètres de routes et on coule des milliers de tonnes de béton dans le sol. À la fin de leur vie utile, la récupération complète des matériaux — particulièrement celle des pales en fibre de verre — demeure un casse-tête environnemental qu’on refile aux générations futures.

Il y a aussi un enjeu de stabilité. L’éolien produit lorsque le vent souffle, pas nécessairement les matins de janvier à −30 °C, quand le réseau est sous pression. Aujourd’hui, nos réservoirs hydroélectriques permettent de compenser cette intermittence. Mais si on accorde à l’éolien une part trop importante des ajouts de capacité, nos barrages risquent de ne plus suffire à combler les manques pendant les périodes de grand froid sans vent. Les expériences de l’Allemagne et de la Californie montrent qu’une forte intégration de sources intermittentes exige toujours des moyens de production pilotables ou des capacités de stockage pour garantir la stabilité du réseau pendant les périodes critiques. Lorsqu’on tient compte des besoins liés à la stabilité du réseau, des infrastructures complémentaires et du cycle de vie complet, le bilan apparaît moins évident qu’on le présente souvent.

Ce qui ressemble à un pansement

Multiplier les parcs éoliens sans avoir d’abord maximisé le rendement de ce qu’on possède déjà, c’est un peu comme coller un pansement sur une jambe cassée. Ça tient pendant un certain temps, mais ça ne règle pas le fond du problème.

On s’engage dans des contrats de 20 à 30 ans pour des infrastructures qui occupent notre territoire et qui vieillissent, tout en négligeant des choix structurants. On a fermé Gentilly-2 sans vraiment préparer la suite et on tarde à s’occuper sérieusement de la gestion des pointes de consommation d’électricité.

La voie du bon sens

Voici une approche pragmatique qui protège à la fois notre environnement et notre portefeuille.

Maximiser nos barrages existants

Remplacer les vieilles turbines, moderniser les transformateurs et extraire chaque mégawatt possible de nos infrastructures actuelles. C’est de la puissance ferme, disponible sur demande, et c’est l’énergie la moins…

Remplacer les vieilles turbines, moderniser les transformateurs et extraire chaque mégawatt possible de nos infrastructures actuelles. C’est de la puissance ferme, disponible sur demande, et c’est l’énergie la moins chère. Avant d’engager de nouvelles dépenses importantes, maximisons d’abord le rendement de notre patrimoine collectif.

Le meilleur mégawatt est souvent celui qu’on possède déjà, mais qu’on n’utilise pas encore à son plein potentiel..

Déployer du stockage par batteries et de l’énergie solaire sur les sites déjà développés

Pour gérer les pointes de consommation en hiver, installons des parcs de batteries directement dans les postes électriques et les zones industrielles existantes. Et, tant qu’à y être, couvrons ces mêmes sites, déjà asphaltés ou décapés, de panneaux solaires. De cette façon, on ne détruit aucune nouvelle forêt et on n’ouvre aucun nouveau chemin. En été, cette production solaire permet d’économiser l’eau de nos réservoirs.

Négocier Churchill Falls sans drame

Une entente de principe a bien été signée à la fin de 2024. Elle prévoyait de faire grimper le prix payé par Hydro-Québec à environ 4 cents le kilowattheure, contre 0,2 cent auparavant, sur une période de 50 ans. Mais un rapport indépendant publié en mai 2026 a conclu que l’entente ne profitait pas suffisamment à Terre-Neuve-et-Labrador. Le nouveau gouvernement de Tony Wakeham réclame maintenant plus d’argent, une plus grande part de l’énergie produite ainsi que des droits de passage à travers le Québec. Le dossier demeure fragile.

Churchill Falls nous offre une énergie ferme, fiable et contrôlable à volonté — tout le contraire de l’intermittence du vent. Plutôt que de dramatiser l’expiration d’un contrat prévue en 2041, concentrons-nous sur ce qui compte vraiment : obtenir un prix juste et prévisible, peu importe le nombre de rondes de négociation nécessaires. Protéger et conserver cette capacité éprouvée pourrait représenter un meilleur investissement que de consacrer immédiatement des milliards de dollars à de nouvelles infrastructures dont la durée de vie est limitée.

Développer rapidement la filière des petits réacteurs modulaires

À long terme, le Québec doit reprendre son leadership énergétique en développant une véritable expertise dans les petits réacteurs modulaires de nouvelle génération. Non pas pour tout remplacer dès demain matin, mais pour disposer d’une option propre, compacte et fiable bien avant 2041.

Arrêtons de faire peur au monde

Le Québec n’est pas au bord d’une panne généralisée. Nous avons des atouts exceptionnels. Le problème, c’est la tentation de choisir ce qui est politiquement spectaculaire et rapide à inaugurer plutôt que ce qui est durable.urchill Falls à un prix raisonnable et préparer la filière nucléaire, ce n’est pas un spectacle d’inaugurations d’éoliennes. Mais c’est une vraie vision d’avenir qui respecte notre territoire, notre patrimoine collectif et le citoyen qui paie la facture à la fin du mois.

Maximiser le rendement de nos barrages, gérer les pointes à l’aide de batteries installées sur des sites existants, sécuriser Churchill Falls à un prix raisonnable et préparer la filière nucléaire, ce n’est pas un spectacle d’inauguration d’éoliennes. Mais c’est une véritable vision d’avenir qui respecte notre territoire, notre patrimoine collectif et le citoyen qui paie la facture à la fin du mois

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Cédric Tardif
Cédric Tardif
Cédric Tardif est un entrepreneur québécois autodidacte, parti de rien – travail en boucherie à 14 ans, apprentissage sur le tas en tech dès 1997, croissance d’une entreprise puis acquisition et revente après des années de travail intense. Passionné par l’autonomie énergétique, la prospérité de tous les Québécois et l’équité sociale, il souhaite contribuer à un enrichissement durable du Québec avec une vision réaliste et pleine de potentiel, pour que chaque Québécois retrouve justice et richesse dans son quotidien.

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