Si je devais nommer le grand gagnant de cette campagne électorale, je dirais simplement : la droite.
Les partis ont multiplié les propositions, les annonces et les idées, mais, au fond, peu de choses véritablement spectaculaires ont bouleversé la campagne. Pourtant, quelque chose a changé : le terrain sur lequel se déroule désormais le débat politique québécois.
J’écoutais Rodolphe Husny l’autre jour répondre au très impertinent Philippe-Vincent Foisy, qui lui demandait : « Est-ce qu’Éric Duhaime l’a facile dans cette campagne? »
En réalité, Éric Duhaime ne l’a jamais eu facile depuis qu’il fait de la politique. Mais ses idées, elles, ont eu la vie beaucoup plus facile.
C’est probablement là que se trouve le phénomène politique le plus intéressant de cette campagne. Plusieurs idées, thèmes ou préoccupations longtemps associés au PCQ se retrouvent maintenant, sous différentes formes, dans le discours des autres partis. Est-ce que les autres partis ont vampirisé le PCQ? La réponse est oui. On parle davantage de la taille de l’État, des dépenses publiques, du coût de la vie, de l’efficacité des services, de l’immigration, de la capacité de payer des contribuables et des limites du modèle québécois.
Même Québec solidaire semble avoir changé de registre. Le parti parle beaucoup moins de ce qu’on a appelé le « wokisme » et beaucoup plus d’épiceries publiques, de logement, du coût de la vie et de taxation des plus riches.
On peut évidemment être en profond désaccord avec les solutions proposées par QS. Mais, à mes yeux, il y a quelque chose de sain dans ce retour vers les questions économiques et sociales concrètes. La gauche revient à la maison, en quelque sorte : vers les travailleurs, le coût de la vie et la répartition de la richesse. Et cela est tout à son honneur.
Pendant ce temps, plusieurs thèmes autrefois confinés au PCQ se sont installés dans la conversation politique générale.
C’est en ce sens que je crois qu’Éric Duhaime a contribué à imposer le ton de cette campagne. Pas nécessairement parce que les autres partis sont devenus conservateurs, ni parce qu’ils reprennent intégralement son programme, mais parce que plusieurs questions qu’il soulevait autrefois presque seul sont maintenant devenues des sujets auxquels tous les partis doivent répondre.
Cette élection, que plusieurs imaginaient devoir tourner autour de la question référendaire et nationale, a finalement pris une tout autre direction. Le débat s’est déplacé vers la droite.
Peut-être est-ce simplement parce que l’histoire en est rendue là.
Le PCQ ne prendra peut-être pas le pouvoir cette fois-ci. Mais il disposera des quatre prochaines années pour tenter de convaincre les Québécois d’une idée beaucoup plus fondamentale : que le modèle québécois, tel qu’il existe aujourd’hui, arrive à la fin d’un cycle et qu’il doit être repensé.
Quatre ans, en politique, c’est long.
Mais cette fois, le PCQ ne parlera plus seulement de l’extérieur. Il aura une tribune politique et médiatique beaucoup plus importante. Il participera aux débats parlementaires, devra défendre ses propositions au quotidien et sera lui-même soumis beaucoup plus directement à l’épreuve des faits.
C’est important, parce que les acteurs politiques ne font jamais l’histoire seuls. L’histoire, elle aussi, crée ses acteurs principaux. Elle ouvre parfois un espace politique qui n’existait pas quelques années auparavant et donne à certains courants l’occasion de démontrer s’ils sont capables de passer de la contestation à une véritable proposition de gouvernement.
Et lorsqu’un changement profond commence à travailler une société, les réformateurs ne construisent jamais seuls la nouvelle maison. Leur premier rôle est souvent beaucoup plus simple : ouvrir une porte que personne ne voulait ouvrir.
Éric Duhaime a ouvert cette porte.
S’il réussit, d’ici 2030, à transformer cette ouverture en crédibilité politique, en organisation et en adhésion populaire, le PCQ pourrait alors se présenter aux Québécois dans une position très différente de celle qu’il occupait quelques années auparavant.
Mais une porte ouverte n’est pas encore une maison construite.
Reste maintenant à savoir ce que les Québécois décideront d’en faire.
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