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La stratégie rêvée de la CAQ semble avoir échoué

Il y a quelques semaines, j’écrivais que la situation était presque rêvée pour la CAQ. Donald Trump, les tarifs, la menace qui plane sur nos entreprises, l’incertitude économique : pour un gouvernement sortant, difficile de demander meilleur contexte. Une crise permet de déplacer le débat. On ne parle plus seulement du bilan du gouvernement, mais de sa capacité à protéger les Québécois. Christine Fréchette pouvait ainsi se présenter comme la première ministre qui allait défendre nos travailleurs et nos entreprises contre une menace venue de Washington. Sur papier, c’était une excellente stratégie électorale.

Il semble pourtant que cette stratégie ne produise pas, jusqu’ici, l’effet politique espéré. Dans le sondage Léger réalisé du 10 au 13 septembre, le PQ demeure en tête à 29 %, devant le PLQ à 23 %, la CAQ à 21 % et le PCQ à 17 %. Un sondage Nanos réalisé jusqu’au 14 septembre présente un portrait semblable : le PQ obtient 27,9 %, le PLQ 23,7 %, la CAQ 21,6 % et le PCQ 16,4 %.

Pallas arrive à un portrait différent dans les proportions, mais à la même conclusion générale : le PQ demeure en tête, devant une course très serrée entre la CAQ et le PLQ, tandis que le PCQ se situe à 16 %. Pallas estime toujours qu’un gouvernement minoritaire du PQ est le scénario qui se dessinerait si ces chiffres se maintenaient. Évidemment, un sondage n’est pas une élection. Mais la tendance est suffisamment persistante pour qu’on commence à se poser la question : et si la CAQ ne réussissait finalement pas à transformer la peur de Trump en vote de confiance envers elle?

Et si, malgré tous les efforts pour ramener la campagne à la protection de l’économie québécoise, les électeurs décidaient plutôt de juger le gouvernement sur quelque chose de beaucoup plus terre-à-terre : son bilan?

Il ne faudrait toutefois pas commettre l’erreur de croire que tous les problèmes du Québec sont simplement le résultat des huit dernières années de gouvernement caquiste. La CAQ porte évidemment la responsabilité de ses propres décisions, mais le problème est beaucoup plus ancien. Il est dans le modèle.

Un modèle où l’État doit constamment planifier, coordonner, réglementer, subventionner et corriger. Un modèle où, devant chaque problème, notre premier réflexe consiste souvent à chercher quelle nouvelle politique publique, quel nouveau programme, quelle nouvelle enveloppe ou quelle nouvelle réglementation le gouvernement pourrait mettre en place. Et surtout, un modèle où l’expertise institutionnelle est devenue une justification presque automatique de l’intervention de l’État.

Les experts recommandent, les fonctionnaires coordonnent, les ministères planifient, les consultants évaluent, les groupes de travail proposent, le ministre annonce. Et le citoyen paie. Puis, lorsque le résultat ne correspond pas aux attentes, on conclut qu’il faut simplement mieux planifier.

C’est une boucle qui peut durer indéfiniment. On peut changer de gouvernement sans jamais sortir de cette logique. On peut remplacer la CAQ par le PQ, puis le PQ par les libéraux, puis les libéraux par un autre parti, tout en conservant essentiellement la même conception du rôle de l’État. Changer le gestionnaire sans remettre en question le système de gestion ne constitue pas nécessairement une réforme.

C’est pourquoi un éventuel gouvernement péquiste minoritaire m’apparaît beaucoup plus intéressant qu’un simple changement de gouvernement. Un gouvernement minoritaire doit composer avec une opposition, et cette opposition peut exercer une fonction essentielle : rappeler que chaque nouvelle intervention gouvernementale a un coût.

C’est là que le PCQ pourrait jouer un rôle particulièrement important. Je ne parle pas ici de savoir quel parti devrait former le gouvernement. Je parle d’une fonction démocratique beaucoup plus simple : celle du chien de garde.

Dans un gouvernement minoritaire, le PCQ pourrait forcer le gouvernement à justifier ses nouvelles dépenses, à démontrer leur efficacité et à expliquer pourquoi l’intervention de l’État serait préférable aux solutions privées. Il pourrait surtout empêcher que chaque nouvelle subvention, chaque nouveau programme et chaque nouvelle structure administrative soient accueillis comme des évidences simplement parce que le gouvernement affirme qu’ils répondent à une nécessité. Son rôle pourrait être de remettre un peu de friction dans une machine qui dépense trop facilement.

Cette fonction serait particulièrement pertinente dans un Québec où la croissance de l’État est devenue tellement normale qu’on en oublie parfois qu’elle constitue elle-même un choix politique. Un parti d’opposition n’a pas besoin de prendre le pouvoir pour influencer la direction d’un gouvernement. Il peut le faire en forçant les autres partis à justifier leurs dépenses, en refusant de normaliser chaque nouvelle intervention et en ramenant constamment la discussion à la responsabilité fiscale.

Et surtout, en posant une question qui manque trop souvent au débat québécois : pourquoi l’État doit-il faire cela?

C’est probablement l’une des questions les plus importantes que nous puissions poser après des décennies de gouvernement par programmes, structures, plans et règlements. Parce que notre problème n’est pas seulement de déterminer si la CAQ a bien ou mal gouverné pendant huit ans. Notre problème est que nous avons fini par accepter comme normale l’idée que tout problème québécois doit trouver sa solution dans l’appareil d’État.

La CAQ n’a pas inventé cette culture. Elle s’y est inscrite. Et remplacer la CAQ par un autre gouvernement qui conserverait la même conception fondamentale de l’État ne changerait pas grand-chose à long terme.

Alors oui, si la tendance des sondages se maintient, nous pourrions nous retrouver avec un gouvernement péquiste minoritaire. Ce sera peut-être l’occasion d’un changement politique, mais ce pourrait surtout être l’occasion de voir si l’Assemblée nationale est enfin capable de remettre en question le modèle québécois lui-même.

Dans ce scénario, le rôle du PCQ ne serait pas nécessairement de faire tomber le gouvernement. Il pourrait être beaucoup plus utile que cela : l’obliger à justifier chaque dollar qu’il veut dépenser.

Parce qu’après avoir passé des décennies à ajouter des couches à l’État québécois, il serait peut-être temps de commencer à nous demander ce que nous pourrions en retirer.

Et ça, aucun gouvernement ne le fera spontanément.

Il faut quelqu’un pour tenir le crayon rouge.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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